‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 2 sur 140 · LES ADVERSAIRES DE GONDÉ · texte numérisé non relu

LES ADVERSAIRES DE GONDÉ

d'as£Âster son beau-frère ; pendant que sa femme, dévalue infid^ à la Rochefoucauld, éprise maintenant de Nemours, abritait ses désordres sous les troubles publics, Loagueville, renfermé dans ses gouvernements, assurait la tranquillité de la Normandie, à la .grande joie des habitants (1). Le coadjuteur, menacé dans sa liberté et dans sa vie par les tentatives de (k)urville (2), ne pouvait que se fortifier dans sa haine, et opposer aux assassins tantôt une démence dédai^ gueuse, tantôt une vigilance féconde en expédients redoutables et imprévus. Aussi, dans les premiers jours, la cause royale ne manqua pas de soutiens. Ce fut un empressement général à faire partir le roi de Paris, à la poursuite du Prince fugitif. On ne songeait plus, «comme quelques mois auparavant, à le retenir en otage. L'important était d'empêcher Condé de s'établir sur la Loire. La reine, rendue par là à une liberté qui était son meilleur gage de salut, ne perdit pas de temps. Sortie de Paris le 24 septembre, elle donna le commandement de l'armée de Guienne au comte d'Harcourt ; elle-même marcha sur Bourges, occupa la ville et abattit la tour ; Gonti et sa sœur se sau-

{i ) Motteville. — Mémoires de la duchesse de Nemours : « Il empêcha qu'il y eût des gens de guerre dans toule la Normandie ; elle demeura paisible dans un temps où tout le reste du royaume était au pillage et en feu, ce qui charmait les Normands qui sont naturellement intéressés, et leur a rendu longtemps la mémoire de ce prince bien chère. »

(2) Les attentats contre le coadjuteur sont attestés par Motteville, Guy Joly, Oourville lui-même. On peut donc en croire le coadjuteur. l\ 6€ vante d'avoir arrêté les poursuites que le Parlement voulait exercer sur les assassins découverts.

vèrent à Montrond ; puis, l'armée royale les poursuivant toujours, ils reculèrent jusqu'à Bordeaux. La reine prit ensuite la route de Poitiers pour se rapprocher de laGuienne. D'Harcourt rentrait dans Cognac, battait les troupes de Monsieur le Prince à sa vue , et lui enlevait à lui-même une partie de son bagage ; il s'assurait de la Rochelle et de ses tours, dont le commandant était tué par ses propres soldats. En même temps une déclaration, envoyée par le roi au Parlement de Paris, dénonçait Condé comme criminel de lèse-majesté. Mole, toujours premier président, quoique garde des sceaux, fit enregistrer cette déclaration, malgréles clameurs de quelques coquins qui vinrent le menacer jusque dans sa maison. Condé essaya en vain de répondre qu'il avait pour lui l'autorité du Parlement de Bordeaux, que le Parlement de Bordeaux n'était pas moins dépositaire de l'autorité du roi que celui de Paris, que Monsieur le Prince était aujourd'hui dans les mêmes termes que M. le Prince de Conti prenant les armes trois ans plus tôt contre le cardinal Mazarin (1). Cette théorie de la toute -puissance des parlements ne pouvait obtenir l'adhésion d'aucun esprit raisonnable. Outre qu'elle supprimait l'autorité royale, elle aurait eu pour premier effet de diviser la France en autant de souverainetés égales et hostiles qu'il y avait de grands centres judiciaires, sans arbitre supérieur pour les accorder. Malheureusement, la reine, pas plus que ses alliés,.

(1} Réponse de M. le prince de Condé contre la vérification de la déclaration envoyée contre lui au Parlement de Paris. — Décembre

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