‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 111 sur 140 · EGRA1S RT HUET · texte numérisé non relu

EGRA1S RT HUET

Tépée et pratiqua le monde galant, avant de foire près* sentir en lui l'homme d'Église, avait l'esprit semblable ati visage, c'est-à-dire plus de beauté qUe d'agrément. 11 excellait dans les mathématiques, était universel dans les sciences, savait tout ce qu'urj homme peut savoir, et sa mémoire incomparable n'oubliait rien de ce qui méritait d'être retenu (1). II accompagnait Mademoiselle dans ses voyages, lui faisait la lecture pendant sa toilette, et il atteste qu'elle aimait particulièrement les romans {romanenses fabulas). Entre ced deux maîtres, les occasions, les tentations ne pouvaient manquer à la princesse de manier les lettres et de se faire auteur. Tout à coup elle devint chef d'école. Dans l'automne de 1657, la princesse de Tarente et mademoiselle de la Trémoiiille vinrent la visiter à sa campagne de Champigny 5 elles lui montrèrent leurs portraits, qu'elles avaient faits elles-mêmes, sans pinceau, sans couleurs, par la parole et par la plume, sur le modèle d'écrits semblables qu'elles avaient vus en Hollande. « Je trouvai, dit Mademoiselle, cette ma- « nie d'écrire fort galante, et aussitôt je fis le mien (2). ^ Segrais ajoute; « en un quart d'heure, » ce qui est peu vraisemblable, à en juger par la longueur de la pièce, dont le travail matériel seul a dû exiger plus de temps. Cet exemple immédiatement suscita autour d'elle la mode de parler de soi ou de ses amis, de représenter leurs avantages corporels, de mettre en saillie les

(1) Porlraitde Huet, par madame D. C. dans le recueil des divers Portraits publiés en 1659.

(•2) Mémoires de Mademoiselle. Préface des Poriraits, par Segrais.

principaux traits de leur esprit et de leur caractère. La duchesse de la Trémouille et le prince de Tarente lui envoyèrent, au bout de quelques jours, leurs portraits, qu'ils venaient de faire à Thouars. Pendant l'hiver et toute l'année 1 658, on fit des portraits à Champigny, à Paris, à Saint-Fargeau ; ce devint comme une obligation des habitués du Luxembourg. Mademoiselle y invitait tout le monde, et entretenait l'impulsion par son activité. Elle peignit son écuyer, son secrétaire des commandements, le chevalier de Béthune, mademoiselle de Vandy, la comtesse de Brienne, madame de Montglat, le frère du roi, le roi lui-même, Monsieur le Prince. Madame de Motteville fit le portrait d'Anne d'Autriche, par où elle prouva, dit l'éditeur, que, « si elle était nièce de Berlaut, Tévêque de Séez, elle écrivait aussi bien en prose que son oncle avait fait en vers. » Madame de La Fayette fit celui de madame de Sévigné. Des religieuses de haute naissance furent engagées à suivre le mouvement, et y cédèrent soit en écrivant elles-mêmes (1), soit en se laissant peindre par leurs amis (2). De toutes petites filles furent admises à parler de leur teint, de leur caractère, ou de leurs progrès, en un langage enfantin, et de petites phrases qui ne sout pas sans grâces (3), Scarron s'excusa sur la difficulté d'égaler le talent de Mademoi-

(4) Madame de Moniatcrre.

(2) L'abbesse de Cacn.

(3) La petite fille de la princesse de Tarente âgée de 5 ans et demi. Elle dit : « J'ai le leint bien blanc quand je me suis décrassée» J'aime fort à rire. J*ai Thumeur fort gaie. Je ne suis plus opiniâtre. Je ne suis point glorieuse. Je ne serai jannais coqueito... »

Page 1