PRÉTENTIONS DU PRINCE DE GONDÉ
gea de^ ton, comme du reste il en avait préfvu la nécessité. Une humble et longue lettre au roi, véritahle contre^partie de la note diplomatique que nous avons lue plus haut, apporta la réparation exigée. 11 y protesèe de son extrême douleur pour la conduite qu'il a tarae au grand déplaisir de Sa Majesté. Il offre la meilleure ' partie de son sang pour racheter les hostilités dont il s'est rendu coupable au dedans et au dehors du royaome ; il promet pour l'avenir une inviolable fidé- Uté et une entière obéissance aux commandements du roi. Comme première preuve de cette soumission, il s'en remet de tous ses intérêts, dans la conclusion de la paix, à la seule bonté et au propre mouvement de SOD souverain seigneur. H va congédier ses troupes et TOTiettre aux mains de Sa Majesté les places de Rocroî, du Gatelet et de Linchamp, quoiqu'il tienne les deux premières du roi d'Espagne. 11 renonce en un mot à toirte ligue avec Sa Majesté Catholique, et désormais il ne recevra aucun établissement, pensions et bienfaits, d'aucun roi ou potentat étranger. Qu'aurait -on pu exiger m delà? Décidément rennemi était par terre. Pour donner à sa déroute une authenticité irrévocable, on convint que la lettre serait insérée dans le traité de paix(1).
Lorsque Condé renonçait à la lutte, ce n'était pas le cardinal de Retz qui pouvait la prolonger, malgré ses voyages à Bruxelles et ses mouvements auprès du
(<) V. Bruzen de la Martinière : Histoire de la vie et du règne de Louis XiK, sur les Mémoires de M. le comte de ♦♦*, la Haye, 1740.
i2i LA PAIX DES PYRÉNÉES.
marquis de Garacène, commandant espagnol enFlandre. Déjà Louis de Haro avait écrit à ce marquis de rompre tout commerce avec le cardinal, afin de ne donner aucun ombrage à Mazarin (1). La question du Portugal aurait été un obstacle plus sérieux, si Mazarin eût persévéré dans ses bonnes intentions pour ce royaume ; mais, comme il consentit à ménager sur ce point Tamour-propre des Espagnols, les difficultés disparurent; la paix des Pyrénées fut signée le 7 novembre 1 659.
1® Le traité consacre les conquêtes de la France, celles qu'il était raisonnable de retenir, parce qu'il était possible de les garder. L'Artois, à l'exception de Saînt- Omer et d'Aire, et le Roussillon, ces deux acquisitions de Richelieu, que l'Espagne avait refusé d'abandonner à la paix de Westphalie , deviennent provinces françaises. Au nord de l'Artois, de la Champagne et des trois Êvêchés, la France garde, des villes occupées dans la dernière guerre, celles qui touchent à son territoire et le protègent par leur annexion : en Flandre, Gravelines, Bourbourg, Saint- Venant, avec leurs dépendances; en Hainaut, Landrecies et le Quesnoy; entre Sambre et Meuse, Avesnes , Philippeville, Marienbourg; dans le Luxembourg, Montmédy, Danvil- 1ers, Longwy, Thionville; autant de postes avancés dans quatre provinces espagnoles, qui préparent des acquisitions ultérieures, et la formation d'une fi*ontière qui se consolidera par les traités d'Aix-la-Chapelle et de Nimègue. Elle abandonne, sans donunage
(^) Mémoires de Guy Joly.