‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 125 sur 140 · CONDITIONS D£ LA PAIX · texte numérisé non relu

CONDITIONS D£ LA PAIX

réel, la Catalogne, située en dehors de ses limites naturelles, et dans la Flandre Ypres et Oudenarde, dont la conservation aurait été une gène, tant qu'on n'était pas maître du cours de TEscaut.

2!** La France consent à rétablir le duc de Lorraine dans ses États, mais à des conditions qui concilient sa sûreté avec les égards dus à un ancien ennemi redevenu allié par les mauvais traitements des Espagnols. Elle retient le Barrois, Moyenvic, Stenay , Dun, Jamets, Clermont en Ârgonne. Le duc recouvre le reste, mais il démolira les fortifications de Nancy, livrera en tout temps passage aux troupes françaises, et fournira du sel pour les trois Évêchés et les villes cédées par le présent traité.

S"" Les alliés de la France sont, comme en Westphalie, l'objet d'une protection attentive et minutieuse. Un seul, le Portugal, est abandonné officiellement; la France se réserve trois mois pour négocier en sa faveur ; au bout de ce délai, elle lui retirera son appui s'il n'est pas réconcilié avec la cour de Madrid. Les autres sont satisfaits aux dépens de l'Espagne. Le duc de Neubourg obtient la cession de la ville et de la citadelle de Juliers, et de tout ce qu'il prétendait en outre dans ce duché. Mazarin exaltait beaucoup ce succès ; il écrivait que la satisfaction accordée au duc de Neubourg valait mieux pour la France que la possession des quatre meilleures villes de Flandre, sans doute par le bon effet que ce résultat devait produire sur les Allemands. Le duc de Modène est mis à l'abri de toute vengeance. L'Espagne retirera la garnison qu'elle tient

à Gorreggio, et engagera l'empereur à donner an duc rinyestiture de cette ville. Les deux rois le prennent ensemble sous leur protection pour les différends que la possession de Gomacchio lui a susdites avec . la Chambre apostolique. Le même appui est promis au duc de Parme pour le règlement d'une dette contractée envers le pape» Le prince de Monaco rentre en possession paisible de tous les biens, droits et revenus qu'il possédait avant la guerre dans le royaume de Naples, le duché de Milan, et autres pays de k domination espagnole ; il ne pourra être inquiété pour s'être mis sous la protection de la couronne de France. Enfin, les princes de la ligue du Rhin, Venise et les treize cantons suisses sont compris dans le traité, et garantis contre toute- rancune espagnde. Ce n'était pas une des moindres habiletés de Mazarin, après Richelieu, que ce soin des alliés, si petits qu'ils fussent. Les États faibles que l'Autriche avait dominés et retenus par la crainte, se groupaient volontiers autour de la France, dans l'espoir d'une protection honorable. La suprématie nouvelle se fondait sur la confiance et la sécairitéde tous, de sera une des plus grandes fautes de Louis XIY, que de changer lees dispositions des alliés par Pint^ation trop évidente de changer la protection en deo^ nation.

4^ Le^prince de Cîondé rentre en France; on luLrend sestnens, maisnon, comme il l'avait espéré, tous ses honneurs. Il perd Stenay, Jamds, Clermont, Rocroy, leCktdét, Hontrond et Bellegarde. Au lieu du gouvernement de Gnienne, il reçoit cehii de Bourgogne, parée

CONDITIONS DE LA PAIX. itl

que cette province n'a pas de places fortes. Il exercera ses fonctions de grand maître de la maison du roiy dont la survivance est assurée à son fils ; mais huit ou neuf années de ses revenus séquestrés pendant son absence ne lui sont pas rendus. Il y aura ordonnance d'abolition du passé pour ceux qui Pont suivi, mais non pas rétablissement dans leurs charges, ni restitution de leurs revenus confisqués. Le héros désarmé sera réduit à vivre aussi soumis, aussi peu redouté qu'un simple gentilhomme.

5® Le point capital du traité, garantie de la paix immédiate, l'objet de la politique de l'avenir, en considération duquel Hazarin &isait plusieurs concessions dans le présent, est lé mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV. Après quelques discussions sur la dot, la princesse ne reçoit en fin de compte, qu'une somme de 500,000 livres, quoiqu'il ait ^é question des Pays-Bas ou de la Francfae-Gomté. C'est à une époque ultérieure que Mazarin attend le véritable bénéfice de ce mariage. Le roi d'Espagne n'avait eu pendant longtemps que des filles, et le seul fils qu'il devait laisser après lui n'était pas encore né (1)* H se pouvait donc que sa fille aînée fijUb un jour son héritière, II est vrai que le traité exige que la princesse renonce à ses droits sur la couronne d'Espagne. Mais quelle sera la valeur d'une renonciation de ce genre dans un avenir que personne n'a le droit d'engager, devant des réclamations d'héritiers quiop-

(4} Charles II ne naquit que le 6 novembre 4661.

poseront au caprice d'un de leurs ascendants le droit antérieur que leur assurent les lois de la monarchie? Déjà il suffit, pour l'annuleri de la pénurie du trésor espagnol ; car elle est subordonnée au payement de la dot, et cette modique somme ne sera jamais payée. Philippe IV lui-même n'a pas pris cet engagement au sérieux. Quelques jours avant les noces, dit Motteville, il fit lire devant les grands de sa cour le contrat de mariage. Quand vint l'article de la renonciation : et Ceci, dit-il, est une fadaise (pataratta) ; si les fils me manquent, ma fille hérite de droit. > Mazarin l'entendait bien ainsi ; c'était l'espoir dont on se flattait à la cour de France (1); ce fut la justification de toutes les entreprises de Louis XIV sur la monarchie espagnole.

6"" La politique ne remplit pas seule les 1 34 articles du traité. Une part y est faite aux intérêts des particuliers, au commerce qui souffrait tant de la guerre et que la paix devait ranimer. On a accusé Mazarin de s'être trop peu préoccupé, pendant tout son ministère, de la prospérité des populations ; la plainte est assez fondée pour que l'histoire tienne à signaler ici une contradiction à cette insouciance. Il est stipulé que les marchands et négociants français seront traités, dans les États d'Espagne, avec la même faveur que les Anglais et les Hollandais. La France aura le droit de négocier avec les pays neutres pour elle, mais en guerre avec l'Espagne, sans être inquiétée par les Es-

(4 ] Mémoires de Motleville. *

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