‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 127 sur 140 · APPRÉCIATIONS DE LA PAIX · texte numérisé non relu

APPRÉCIATIONS DE LA PAIX

de rieurs et de médisants obstinés^ et valurent deux ans après Texil à leur auteur.

Mais le bon sens public Pemporta sur les chicanes des partis. Que la paix des Pyrénées fût un compromis et que Mazarin n'eût pas poussé TEspagne à la dernière extraite, il n'en était pas moins vrai que la France s'était fait la meilleure part. Il y avait eu surtout un mérite louable à sacrifier quelques surcroîts de victoires au rétablissement de la tranquillité, à la satis* faction d'un vœu si souvent, si généralement formulé. Cette opinion fut la plus forte; elle eut ses interprètes retentissants ; Bossuet lui*-même lui prêta sa voix déjà respectée : « Parlons, disait l'orateur, parlons et ne € craignons rien. Je sais combien les prédicateurs <c doivent être réservés sur les louanges, mais se taire « en cette rencontre, ce ne serait pas être retenu, < . mais envieux de la félicité publique. )> Il louait Mazarin d'avoir fait son intérêt du bien de l'État, et sa gloire du repos des peuples. Il glorifiait le jeune roi de s'arrêter au milieu de ses victoires, d'aimer mieux étendre ses bienfaits que ses conquêtes, de trouver plus de gloire dans les douceurs de la paix que dans le superbe appareil des triomphes, de se plaire davantage à être le père de ses peuples qu'à être le victorieux de ses'^ennemis. Il le proclamait le Salomon, c'est-à-dire

aT8iitag4Çs:Jl les a rainés pour leur bien comme le bourreau qoi élrangla don Carlos. Comme Auguste, il a voulu conserver à la France des bornes qù^elle pût garder. Plus sage que les Scipions^ il n^a pas voulu détruire Carthage dont la ruine fat la ruine de Rome par Pintf oduction des mœurs corrompues. Une sagesse si profonde est bien supérieure au dérèglement du cardinal de Richelieu. »

le pacifique. Il lui souhaitait en retour de ne jamais voir son État troublé ni sa maison divisée (1).

Bossuet ajoutait: c Çà! çà! peuples, qu'on se réjouisse, et s^il y a encore quelque maudit reste de la malignité passée, qu'elle tombe aujourd'hui devant ces autels, et qu'on célèbre hautement ce sage ministre... » Ce vœu s'accomplissait déjà. Le traité avec l'ennemi du dehors réduisait les ennemis du dedans à poser les armes sans même traiter avec leur vainqueur. Les mécontents n'en voulaient si fort à la paix des Pyrénées, que parce qu'elle consommait l'humiliation de Gondé, la dispersion des dernières cabales, et permettait à Mazarin de passer en triomphateur par tous les lieux où la Fronde lui avait disputé son autorité.

Il.^Voyage triomphal du roi et de Mazarin par toute la France. — Mariage de Loais XIV. — Dernière aoamission du parlement de Paris. ^ Succès de la politique étrangère. — Traité d^Oliva. — Restauration des Stuarts en Angleterre. ~ Opposition persistante du cardinal de Retz.

Il y eut, en effet, une série de triomphes pour le ministre plus encore que pour le roi.

Quelques semaines après la conclusion du traité (26 décembre 1 659) , Condé écrivit à Mazarin pour protester de son impatience de revoir le roi; il avait à cœur d'assurer Sa Majesté qu'il revenait dans l'intention de lui rendre les services auxquels l'obligeaient sa naissance et son devoir. Il ajoutait : « Pour vous,

(4) Bossuet : Sermon pour le premier dimanche de Carême, deuxième sur les démons; péroraison adaptée à la circonstance.

HUMILIATION DE GONDÉ. 433

c Monsieur, j* espère que, quand je vous aurai entrec tenu une heure, vous serez bien persuadé que je c veux être votre serviteur. Je pense que vous voudrez € bien aussi m'aimer, et que vous me ferez la grâce c de croire que je suis votre très-affectionné servitt teur : Louis de Boiihbon (I). > Cette lettre, par le contraste même des personnages, est le plus digne pendant de la lettre à Cromwell ; des deux côtés même humilité devant la force, là pour obtenir des secours, aliment de la guerre civile, ici pour obtenir Toubli d'une trahison impuissante. Mazarin n'est plus ce Mars, ce sérénissime faquin à qui le vainqueur de Rocroi tâ« tait insolemment le menton; c'est par Mazarin que Condé veut être ramené aux pieds de Louis XIV.

Mazarin ni le jeune roi ne jugèrent pas à propos d* attendre ce pénitent. La cour, qui était déjà à Toulouse depuis quelques semaines, en partit dès le commencement de janvier 1660. Le but final du voyage était la célébration des noces qui devaient se faire aux Pyrénées. Mais auparavant il y avait intérêt à montrer Tautorité royale à la Provence où remuaient quelques restes des factions. Marseille s'était soulevée contre le duc de Mercœur pour l'élection de ses consuls ; le parlement d'Aix, vieux frondeur, n'était pas étranger à l'insurrection. La cour prit donc la route la plus longue et se rendit à Aix. Déjà Mercœur traitait Marseille en ennemie ; il renversait une porte dont l'inscription attestait la

(1) Mémoires inédits de Lcnet. Gçtte lettre termine la collection des pièces.

i3i LA PAIX DES PYRÉNÉES.

modération de Henri IV : Sub cujiis imperio summa libertas; comme symbole d'un nouveau régime il bâtissait un château à l'entrée du port, une citadelle sur les hauteurs qui commandent la ville. La présence de la cour à Aix, et le zèle royaliste du premier président d'Oppède, donnèrent le dernier coup à la révolte. Bon nombre de coupables furent pendus ou envoyés aux galères, quelques membres du parlement furent exilés (\). Ce fut dans ces circonstances que Gondé rejoignit enfin la cour. Il avait traversé docilement tout le royaume par le chemin que le ministre avait fait à GtUtaïUj son lieutenant. Il descendit chez Mazarin, son introducteur nécessaire, et fut admis ensuite devant le roi. Il avait fléchi le genou ; il commençait un discours pour avouer sa révolte et demander pardon : < Mon cousin, lui dit € le prince, après les grands services que vous avez c autrefois rendus à ma couronne, je n'ai garde de me € ressouvenir d'un mal qui n'a apporté de dommage « qu'à vous-même. » Une grâce si fièrement octroyée apprit à Condé, comme il l'avoua plus tard, qu'il avait désormais un maître. Quelques jours après, Turmne, le vainqueur d'Arras et des Dunes, était fait maréchal général des camps et armées du roi. Ce titre nouveau, le plus élevé que pût recevoir un sujet depuis la suppression des fonctions de connétable, faisait voir de quel o6té était maintenant la faveur et la confiance royale (2).

(1) Mémoires de Montglat.

(2) Mémoires de Brienae. — Bruzen de la Marliuière cité plus haut ; fnvrage cvrieux et important par les faits et les témoignages historiques dont il est rempli.

Page 1