MARIAGE DU ROI
D*Aix, le roi se rendit en personne à Marseille pour confiraier tout ce qu'avait fait le gouverneur. Cette sévérité laissa la ville dans la désolation , au milieu de la joie générale qu'inspirait la paix. Il séjourna quelque temps à Avignon pour régler le sort de la ville d'Orange. Cette petite principauté de la maison de Nassau servait de retraite aux rebelles de France et à toutes sortes de criminels (1 ). Le ministre Brienne en réclamait le rasement dans l'intérêt de la justice et de la religion, les Avignonais pour le repos de leur territoire sans cesse ravagé par ces fugitifs. Le seigneur en était le jeune Guillaume III, à peine âgé de dix ans, tenu en tutelle en Hollande par les frères de Witt, et dans ses biens patrimoniaux par sa mère et par sa grand' mère qui n'étaient pas toujours d'accord. Par provision, le roi ordonna d'occuper militairement Orange. Il ne prévoyait pas, et personne ne pouvait prévoir plus que lui, qu'il y avait dans cette mesure le germe des haines de Guillaume III contre son ambition. Il prit ensuite la route de Toulouse, traversant le Languedoc qui avait eu aussi ses rebellions, mais qui maintenant paraissait calme sous le gouvernement du prince de Conti, et arriva à Saint- Jean-de-Luz où le roi d'Espagne le rejoignit avec sa fille et sa cour. Le mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche fut célébré le 9 juin 1 660 : « Auguste journée où c deux fières nations longtemps ennemies s'avancent « sur leurs confins non plus pour se combattre, mais
(4J Mémoires de Brienne*
c pour s'embrasser, où ces deux rois furent l'un à c l'autre et à tout l'univers un si grand spectacle (1 ) ; » mais où la supériorité de la France éclatait dans la splendeur des fêtes, et jusque dans cet éloge de Turenne échappé à Philippe lY : c II m'a fait passer de bien mauvaises nuits. »
Le retour ne fut pas moins solennel. Il plut à la cour victorieuse de se montrer à Bordeaux, la ville de l'Ormée, la dernière citadelle de la Fronde des princes en France, l'ennemie du duc d'Épernon, et qui avait combattu personnellement Mazarin dans ce gouverneur son favori. Les esprits étaient bien changés, ou du moins toutes les apparences le faisaient croire. Bordeaux avait d'avance protesté de ses nouveaux sentiments par un grand acte de soumission. Pendant que Gondé n'avait pu recouvrer le gouvernement de Guienne , pour donner plus de portée à ce refus , le roi y avait rétabli d'Épernon. Les Bordelais, loin de réclamer, avaient reçu, avec beaucoup de dignité, l'ancien ennemi revenu en maître. Ils ne furent pas moins empressés auprès des deux reines, du roi et du ministre; la solennité de leurs hommages, le luxe de leurs réjouissances témoigna qu'ils n'étaient plus ces vaincus de 1650 marchandant aux souverains les collations et les feux d'artifice.
Gependant cette revue de tous les apaisements ne faisait oublier à Mazarin aucune des mesures nécessaires à l'affermissement de son repos et de la tran-
(4) Bosiuet, Oraison funèbre de Marie-Thérèse.