CAMPAGNES DE TURENNE EN 1652 ET
ligence, avec la résolution de combattre, et l'espoir d'occuper les hauteurs qui dominaient la position. Turenne, ayant tout prévu, se campa dans un vallon derrière un petit bois, s'y fortifia en deux heures, et fit niine d'une si vigoureuse résistance, que ni le prince ni les Espagnols ne se risquèrent à le provoquer. Alors ils détachèrent une partie de leur cavalerie sur Guise ; mais Turenne, les devinant à la direction qu'ils prenaient, envoya de son côté un renfort qui, par un chemin plus long, arriva avant eux et fit échouer le projet de siège. Après quinze jours d'irrésolution, Condé se porta sur Rocroi ; cette ville, dans les projets des alliés, devait lui appartenir s'il s'en rendait maître; on le laissa profiter de l'avantage que donnaient au premier arrivé les bois voisins de la place, mais pour lui rendre la pareille, l'armée royale assiégea Mouzon qu'elle prit le 28 septembre. Ce succès, qui compensait bien au delà la perte de Rocroi, fut doublé quelque temps après par l'occupation de Sainte-Menehould ; l'armée royale, grossie d'une partie des troupes que la pacification de Bordeaux remettait à sa disposition, s'empara de cette ville le 26 novembre; l'ennemi n'eut plus qu'à rentrer bien avant dans les Pays-Bas, et à s'y tenir dans l'inaction pendant l'hiver. Ces belles manœuvres sont racontées par Turenne lui-même ; la véracité du récit éclate dans sa simplicité : l'écrivain est aussi grand par sa modestie que l'homme de guerre par ses combinaisons. Point d'importance personnelle, point de jugement dur contre l'ennemi. S'il explique quelquefois les fautes de son fameux adversaire, c'est pour ajouter immé-
diatement, avec ce sentiment de Tinfirmité humaine qui est propre aux hommes forts : c Souvent les perce sonnes les plus habiles font des fautes qu'il est plus «r aisé de remarquer que de prévenir (\). »
Pour comprendre les difficultés, les lenteurs qui vont suivre, comme aussi Timportance de la paix qui terminera ces luttes, il convient de considérer l'état des partis après le retour définitif de Mazarin.
Le prince de Condé, depuis qu'il avait quitté la cour, à la fin de 1650, n'avait reculé devant aucune des alliances capables de le faire triompher. Il réclamait sans relâche les patagons et les troupes d'Espagne; il lui fallait V argent à la poste^ et des soldats en Guienne et en Flandre. I! n'avait pas tardé à nouer des relations avec la République d'Angleterre gouvernée encore en apparence par le parlement régicide ; il entretenait un agent à Londres pour faire comprendre aux Anglais ce que leur commerce gagnerait à soutenir Bordeaux, et à prendre la supériorité sur la flotte du duc de Vendôme. Il n'avait pas craint davantage de se rapprocher des huguenots de France, et d'encourager leur espoir d'établir la république. Sa correspondance, celle de son frère et de ses agents, en 1652 et 1653, révèle clairement toutes les fraudes et toutes les concessions de sa diplomatie, c Pour vous dire, écrivait-il, mes « sentiments sur cette seconde cabale des huguenots « que vous me mandez aller droit à la république, je < crois que ce n'est pas la plus mauvaise de toutes, et
(1) Mémoires de Turenne, liv. II.