EMBARRAS DU GOUVERNEMENT
miAistre par ses tergiversations, il offrait et refusait tour à tour sa démission, acceptait de vivre à Rome sous la protection du pape, puis retirait sa promesse au moment où le nonce était chargé de la recevoir, ne se proposant par tous ces détours que de gagner du temps et d'attendre Teffet de ses intrigues au dehors. En même temps circulaient dans le publie les excita* lions, les petits livres qui présentaient une mesure de sûreté comme une violation des droits de l'Église, un homme de bien méconnu, un ami du peuple, comme victime de l'arbitraire. La population de Paris n'était pas alors indifférente aux intérêts ecclésiastiques ; et d'ailleurs elle ne connaissait pas les mœurs du coadjuteur. Il était parvenu, en dissimulant ses désordres personnels, à se maintenir, aux yeux de la multitude, dans -une considération morale dont il se prévalait devant ses confidents, avec un profond dédain du jugement de ceux qui avaient le droit de le mépriser (1). Ces dispositions du peuple faillirent éclater en sédition, l'année suivante, dans une circonstance critique à laquelle nous allons arriver.
Contraint de lutter à la fois contre tous ces ohs-
(4) Il disait un jour â Guy Joîy : « Mon pauvre garçon, lu perds ton temps à me prêcher. Je sais bien que je ne suis qu*un coquin. Mais malgré toi et tout le monde, je le veux être, parce que j*y trouve plus de plaisir. Je sais que vous êtes trois ou quatre qui me connaissez et me méprisez dans le cœur ; mais je m'en console par la f atisfaclîon que j*ai dUm poser à tous par votre moyen même. On y est si bien trompé, et ma réputation est si bien établie; que quand vous voudriez désabuser les gens, vous n*en seriez pas crus; ce qui me suffît pour être content et vivre à ma mode. » (Mémoires de Guy Joîy.) louis xiY. '— T. H. 6
tacles, Mazarin les attaqua, selon son savoir-faire, par des moyens divers, mêlant les ménagements à la rigueur, les négociations à la force, opposant Tintrigue à la cupidité, désunissant ceux dont Fégoïsme trouvait plus d'avantage dans la séparation. Ces pratiques ne lui réussirent pas mal pour la campagne de 465&. D'abord il -traita avec le cardinal de Retz. Le prisonnier était devenu archevêque de Paris par la mort de son oncle (21 mars 1654). Instruit de l'événement à l'heure même où il s'accomplissait, il avait fait prendre possession de son siège par procureur, et institué ses grands vicaires. Mais les instances du ministre le déterminèrent à promettre sadémissionsi le pape l'acceptait, et à recevoir pour dédommagement les revenus de sept abbayes ; en attendant, il serait transféré au château de Nantes, sous la garde du maréohal de La Meilleraye (1). Cet éloignement donnait au gouvernement un peu plus de sécurité pour le temps où la guerre forcerait le roi à quitter Paris (30 mars). L'argent était nécessaire pour les besoins de l'armée ; le Parlement voulut protester contre les édits fiscaux et en délibérer en assemblée générale. Le jeune roi, préludant à cet exercice de l'autorité absolue qu'il devait porter si haut, accourut de Vincennes en habit de chasse, en bottes éperonnées, le fouet à la main (1 3 avril 1 664), et, montant à la place du premier président : « Messieurs, dit-il, chacun sait les malheurs qu'ont produits les assemblées du Parlement; je veux les prévenir, et
[4] Mémoires de ReU, Guy Joly, Rapin.
CAMPAGNE DE 165i. 83
j'ordonne qae Ton cesse celles qui sont commencées sur les édits que j'ai apportés, lesquels je veux être exécutés. Monsieur le président, je vous défends de souffrir aucune assemblée, et à pas un de vous de les demander (i). » L'injonction, bien capable de surprendre, ne suffit pas pourtant à prévenir de nouvelles tentatives de réclamations, mais l'intrigue fut plus heureuse. On gagna les magistrats de Paris par des offres d'argent, qu'ils acceptèrent sans plus paraître se soucier du bien public. On soutira aux États du Languedoc une somme plus forte que celle qu'on leur avait demandée d'abord, en leur faisant craindre d'avoir à loger l'armée de Catalogne (2) . Le prince de Gondé ne cessait de secouer la lenteur des Espagnols, d'appeler à son aide les petits princes d'Allemagne ; il faisait arrêter par ses alliés le duc de Lorraine, suspect de se rapprocher de la France (3) ; des agents, des escouades de maraudeurs expédiées par lui, pénétraient dans le royaume, enlevaient les individus isolés, et rançonnaient les villes. Il importait de lui faire bonne guerre. Deux déclarations (15 avril et 27 avril) y pourvurent. La première ordonnait de poursuivre les pillards sans miséricorde ; la seconde, enregistrée au Parlement en présence du roi, condamnait le prince à mort, avec ses agents Viole, Lenet, Marsin et Persan (4). Après le sacre du roi (6 juin), qui, dans ces temps
(4) Motteville, Montglat.
(5) Mémoires de Gourville : V. les détails an chapitre X.
(3) Mémoires inédits de Lenet.
(4) Mémoires inédits de Lenet.
8i LA FRONDE ESPAGNOLE.
d'incertitude, pouvait être plus qu'une simple formalité, le ministre ouvrit la campagne. Gondé n'avait pu le faire encore, malgré la saison avancée, tant lui donnaient d'embarras oij l'épuisement ou les contradictionsi de ses alliés. C'était personnellement contre lui que la guerre était dirigée. Mazarin allait assiéger Stenay, qui appartenait au prince, et- dont la conservation lui tenait fort au cœur. Oii donna, dans ce dessein, une
assez bonne armée à Fabert ; le roi voulut faire à ce siège ses premières armes, et s'y rendit avec le cardinal. L'armée de Turenne dut se placer sur la frontière de Champagne pour se porter, selon le besoin, au secours des assiégeants, ou vers la Flandre, si l'ennemi entreprenait quelque diversion de ce côté (1). A cette nouvelle, l'alarme fut grande à l'étranger. Coadé pressa les Espagnols d'assiéger Arras pour menacer toutes les acquisitions des Français en Artois. <cSije le prends, disait-il, vous y gagnerez, et moi aussi, avec usure, étant dans vos intérêts et ne voulant pas m'en détacher (2). > On y consentit, d'autant plus que la Flandre offrait de payer les dépenses dans l'espoir de se débarrasser des contributions qu'elle supportait (3). Le siège d' Arras fut formé au commencement de juillet. Aussitôt l'armée de Turenne se mit en mouvement, assura ses vivres, coupa ceux de l'ennemi, et se disposa, non pas pour livrer immédiatement une bataille, mais pour attendre le moment de pénétrer dans
(1) Mémoires de Turenne, liv. m.
(2) Mémoires du comte de Brienne.
(3) Mémoires inédits de Lenet.