‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 25 sur 140 · BATAILLE DÉS DUNES · texte numérisé non relu

BATAILLE DÉS DUNES

vers les dunes avec rintention de serrer rennemî de près^ et d'établir un campement pour se donner le loisir de prendre à propos le temps d'une bataille. Ils ne savaient pas qu'en offrant à Turenne l'occasion d'une victoire sur leurs meilleures forces, ils allaient le délivrer de la plus grande inquiétude qui pesât sur les opérations du siège.

Le premier qui parut à la tête de coureurs était le maréchal d'Hocquincourt ; il fut tué d'un coup de mousquet parti d'une escouade de travailleurs (12 juin). Malgré ce présage défavorable, le reste de l'armée espagnole arriva le lendemain; Turenne les vit préparer leur campement. Sans plus tarder il prit la résolution de les combattre, rappela à lui les Anglais postés entre Mardick et Dunkerque, avec ordre de marcher toute la nuit, renforça la garde des tranchées pour continuer l'attaque sur la ville pendant la bataille, et prévenir une diversion de la garnison au dehors; puis il se tint prêt à fondre sur l'armée de l'archiduc dès le point du jour (1). Les Espagnols affectaient une confiance extrême ; leur artillerie n'était pas encore arrivée, non plus que les outils pour remuer la terre ; ils campaient sans ligne, « sans la moindre chose qui les couvrît, » à deux portées de canon des Français; ils éteient si tranquilles qu'ils ne défendirent même pas d'aller au fourrage. Le duc d'York leur réprésentant que, s'ils n'étaient pas attaqués dans la nuit, ils le seraient infailliblement le lendemain matin, < c'est

(i] Mémoires de Turenne.

ce que nous demandons, » répondirent Garacène et Gamare. — « Eh bien , répliqua le duc d'York, je couinais assez M. de Turenne pour vous promettre que vous aurez satisfaction. > Cette impéritie persista coBr treles meilleurs avis. Au point du jour, Turenne sortit de ses lignes avec ses gardes françaises et suisses, ses régiments, et les Anglais reconnaissables à. leurs habits rouges. On vint dire à Tarchiduc don Juan qu'une grande bataille était imminente ; mais il prétendit que les Français n'en voulaient qu'à une grand'garde. Le prince de Condé lui répéta, les mêmes conseils ; il n'en tint compte. € Avez- vous jamais assisté à ime bataille, dit alors Condé au jeune duc de Glocester ; dans une demi-heure vous verrez comment nous en. perdrons une (1). » L'effet de la prédiction ne se fit pas attendre. Malgré quelques bonnes mesures prises à la hâte par Condé, l'armée d'Espagne, d'ailleurs sans canctftô^ commença de fléchir après que les Anglais* eurent occupé une dune avancée de cent pas sur les autres. Ensuite les Français, s'étant jetés entre les deux Ugoes de l'ennemi, y portèrent une confusion irréparable, (c II y eut un temps où les choses furent un peu en bar lance (!â). p La cavalerie, française, poussant trop, en avant, fut ramenée tout à coup par Monsieur le Prince ; mais ce succès ne dura pas ; un feu bien nourri des gardes, des suisses, du régiment de Montgomery, refoula définitivement la cavalerie espagnole. Condé eut son

(1) Mémoires du duc d'York.

(2) Mémoires de Turenne.

t BATAILLE. DES IMJNES. 115

cheval blessé^ et en: prit diligemmeot un autre. IL eut/ graud'peîne à se- sauver, Isdssaaft aux. makast dutvjBÎnv quanr ses lieutenaots- Bouttevilk etColigiiy. < Alors

< toute Tarmée d'Espagne se miteiiL désordlretâans^6e*

< rallier, et Tairmée de France les auivitH utu quact V d'heure en fort bon ordre. Une partie de leur in*-* » fanterie ^e sauva pe»r la. main gauche dans les marais ; ( tout le reste fut pris. II y eut. liûen entoe: trois e<r € quatre mille prisonniers de Tennemif et; mille* aw- ( plu& tués ou blessés. De T armée du roi^ il y eut*

< quelques officiers et cavaliers de tuéa des escadrons^

< de la droite et de la gauche des deux ailes, quel«* « ques officiers et soldats de Tiiifanterie anglaise^ et € peu du reste de l'infanterie (1 ). » Telle fut \di bataille des Dmies^ la dernière des grandes reQoontres entre leabelligérants et les héros de la gu^nre de Trente AnsccHitinuée (14 juin 1633).

Laf cour de France célébra avec enthousîasine la vkK toire des Dunes. Une circulaire du roi T'annonça à to«t le royaume ; l'éloge de Turenne y était tracé* avec toute l'énergie de l'admiration et delareconndbsance: « Notre « dit cousin, le maréchal de Turenne, en pourï^oyaot <E et se trouvant présent à* tout , a donné une infttiilé* r de marques de sa grande conduiteainsi'quetle'seiii « expérience consommée, de son insigne valeur, et' de € son zèle entier pour notre: service et pour* la grant- « deur de cet État. » Et il est vrai que le triomplw* àùt au coup d*œil et à' l'activité de Turenne était le-

(1) Mémoires de Turenne.

salut du roi, de Mazarin, de la France. Un nouvel ordre de choses apparaît immédiatement ; les inquiétudes, qui pesaient sur le commencement de Tannée, se changent en espérances, les incertitudes en réalités, les hostilités, désormais heureuses, en conditions de paix.

Après la mort du maréchal d'Hocquincourt et la dispersion de ses complices, on n'avait plus à craindre de soulèvement sérieux à l'intérieur (1). Après la déroute des Espagnols, l'armée de Flandre reprenait une supériorité irrésistible. Turenne n'avait pas poursuivi les vaincus, parce qu'il importait avant tout de continuer le siège de Dunkerque; malgré la valeur de la garnison et l'étendue des moyens de défense, les assiégés, après la mort du gouverneur, capitulèrent le 25 juin. Il fallut remettre et laisser la place aux Anglais, conformément au traité; mais on s'en dédommagea par de nombreuses acquisitions dans le voisinage. Le 2 juillet, Turenne occupa Bergues, dont la garnison se constitua prisonnière de guerre ; le 3, il reçut la soumission de Furnes ; de là, par une marche prompte qui ne laissait aux Espagnols le temps de s'arrêter ni de se fortifier dans aucun poste, il les repoussa de la Knocque, où ils essayaient de construire une redoute, et parut devant Dixmude. Monsieur le Prince, l'ayant aperçu, et jugeant, par l'état de la place, qu'il était impossible de la défendre, n'y laissa que quatre cents hommes avec le conseil de ca-

[\) Guy Joly; le duc d'York.

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