BATAILLE DES DUNES
et Saini-Omer. Ëa dépit des avertissements du roi d'Espagne, bien informé par ses agents, les généraux espagnols n* avaient attaché aucune importance à Talliance des Français avec Cromwell, ni aux prétentions des Anglais sur Dunkerque. A en croire un de leurs alliés du moment, ils avaient bien d'autres travers. L'archiduc don Juan et le marquis de Garacène observaient en campagne les mêmes formalités qu'à Binixelles. Il ne fallait pas les réveiller, même pour prendre une décision pressée, pour aviser à un besoin imprévu. Quand T armée était en marche, ils n'allaient à la tête qu'au moment où l'ennemi paraissait. Quand l'armée se rangeait en bataille, ils allaient prendre leur place aux quartiers qui leur avaient été marqués, sans se mettre en peine de l'ensemble ni de la situation du terrain (1). Il est juste de reconnaître que le génie du grand Gondé dut quelquefois bien souffrir de l'ineptie de pareils auxiliaires.
Le siège de Dunkerque opposait des difficultés spéciales. Du côté des dunes, la circonvallation ne tenait pas contre les grandes marées ; ailleurs le grand vent soulevait parfois tant de sable que la voie était interceptée. Les Anglais, plus fermes en bataille rangée, se troublaient aux sorties des assiégés et quittaient les travaux pour courir aux armes, c Je crois, écrivait Turenne à Mazarin, que Son Éminence voit bien le siège de Dunkerque comme un des plus grands et des plus considérables qui se puissent faire, par toutes ces cir-
(1) Mémoires du duc d'York.
constances, et dix fois plus difficile que celui qui a été fait (1). t II ne cessait donc de lui exposer la situation en toute sincérité, de solliciter les munitions, les avoines, les fascines et les renforts de troupes, pour ne pas perdre un moment, c Dans les lieux environnés de places de Tennemi comme l'on est, ajoutait-il, il ne faut pas languir dans les attaques, car les accidents ne sont pas réparables comme aux sièges qui ne se font | pas à la tète Tennemi (2). » Mazarin, établi avec le roi d'abord à Mardick, ensuite à Calais, pourvut assez abondamment aux munitions et aux vivres, peut-être, dit une de ses ennemies, parce qu'il bénéficiait sur toutes les fournitures (3). Turenne menait vigoureusem^it lefis travaux ; la tranchée était ouverte dès le i juin ; toutes les sorties de l'ennemi, malgré son canon, étaient repoussées jusque sur le bord de la contrescarpe. Tous les officiers généraux payaient noblement de leur personne. Déjà on avait pris quelques palissades, quand on aperçut un corps de cavalerie s'avancer le long des dunes. Turenne reconnut une armée de secours qui entreprenait de délivrer la ville. Les Espagnols ne pouvant plus douter de ce siège qu ils avaient cru impossible, arrivaient enfin pour le contrarier. Dans un conseil de guerre où assistait Gondé, on avait adopté, sans une seule observation, le plan de l'archiduc; les troupes espagnoles, rappelées de diverses garnisons au rendez- vous d'Ypres, marchaient toutes
(1) Leltre de Turenne à Mazarin, 27 mai 4658.
(2) Idem.
(3) Motteville.