‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 28 sur 140 · VICTOIRES DE TURENNE · texte numérisé non relu

VICTOIRES DE TURENNE

duisaitleroi de France dans les affaires des Allemands, pendant que leur faiblesse relative et le besoin d*un allié fort les rattachait à sa protection. De là une prépondérance qui/ durant plusieurs années, a donné plus d'autorité en Allemagne à Louis XIV qu'à Léopold. La ligue du Rhin fut signée le 15 août 1658.

A partir de cette victoire diplomatique, il n'y eut plus de doute sur l'issue de la campagne militaire; Turenne la compléta par une série de succès rapides auxquels l'admiration des contemporains n'a pas manqué. Les Espagnols, réduits à eux-mêmes, avec des arfnées découragées, contraints de lever de nouveaux soldats à la hâte dans un pays fatigué, avaient encore à répondre aux demandes d'argent que le prince de Condé ne cessait de leur faire, non-seulement pour ses troupes, mais encore pour l'entretien de sa maison, pour celles de sa femme, de son fils, de sa fille, pour les pensions de ses amis, tels que le président Viole, pour le traitement de ses secrétaires (1 ). Turenne ne les laissa pas respirer. En août, il fit investir Gravelines par le maréchal de La Ferté ; lui-même couvrait le siège par les corps qu'il entretenait à Dixmude, à Mardyck et à Dunkerque. L'ennemi resta quinze jours sans faire aucun mouvement pour secourir la place; quand il s'en approcha, soit difficulté des chemins, soit crainte d'avoir sur les bras en peu de temps tous les corps français dont les communications étaient bien établies.

(4) Mémoires de Lenet. laslruction donnée à M. Lenet allant en Espagne, 28 mai 4658.

il se lût encore da» rioaction. Gravelines <s9pitiila île 30 août. Aussitôt Tureiuie se rapprocha de la Lys dass l'intention d'atteindre l'Escaut. Pourtromper rennemi sur ses desseins, il fit mine de menacer à la fois Bru|;«s et Gand, et «'avança même jusqu'à quatre lieues de Bruxelles. Pendant que les généraux espagnols héfiitaient entre tant de points à défendre, il tomba sur Oudenarde, dont la garnison se rendit prîsonnià[»e le 9 septembre. Mais cette place, sans fortificaticm sérieuse, ne pouvait être gardée que par quelque autre poste dans le voisinage. Menin lui parut propre à oe service; il y marcha immédiatement. Le prinoe de Ligne, qui se trouvait à une lieue de là avec 1 ,500 chevaux ^t 2,000 hommes d'infanterie, pouvait faire^obstacle, ou, en se jetant dans Gourtrai, entraver les opérations ultérieures. On l'attaqua sans délai avant même que toutes les troupes fussent rassemblées. #) le battit sans miséricorde ; presque toute son infanterie fut prise, avec les armes et les drapeaux, et, denses chevaux, il ne s'en sauva que trois ou quatre cents. L'occupation de Menin fut le prix de cette ^ieUmre (n septembre). Restait aux environs Tpres, dontks Espagnols avaient fait, pendant quelque temps, tlear qu>artier général; il importait de ne pas en iaisser renforcer la garnison. Malheureusement l'armée de Turenne s'affaiblissait par ses victoires mêmes, par 'les détachements postés ta Menin et à Oudenarde ; si on pouvait sans crainte ramener devant Ypres les troupes de Bergues, de Fumes et de Dixmude, elles n'étaient pas encore arrivées ; en outre, on manquait d'outils

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nécessaires pour un grand siège. «Mais, dit Tupenne € hii-^même (1), l'ennemi était en si mauvais état par « la bataille des Dunes, par le combat du prince de (( Ligne, par tant de régiments défaits et tant de partis « battus, que l'on pouvait hasarder d'attaquer une (( grande place avec peu de gens. ï> L'activité fut encore ici k meilleure conseillère. La nuit même de l'occupation de Menin, Turenne s'avança vers Ypres. Il tira de Dunkerque et de Gravelines des outils, des munitions de guerre et du canon ; il ouvrit deux tranchées, et, cinq jours après, la ville capitulait (26 septembre). Le lendemain , le château de Comines se rendit: c'était un bon poste et un passage considérable sur la Lys.

Cet entraînement de victoires (victoriarum impetus), comme les qualifie une médaille de l'époque, était la fin de la guerre. Mais Turenne, qui en avait le mérite, n'en avait pas le pressentiment. S'il reconnaissait les avantages obtenus, il ne se dissimulait pas les dangers qui semblaient persister encore. Il mit avant tout Tobligation de faire servir à la campagne prochaine les bénéfices de celle qui allait finir. Également éloigné de la témérité et de la négligence, il calcula ce que k mauvaise saison qui approchait lui permettait d'entreprendre de plus utile. Les ennemis, « remis dans leur première confusion, » étaient de nouveau sépale : Gondé à Taurnay, don Juan à Bruxelles. Tenter un coup difficile sur cette capitale, quand les moyens

(^) Mémoires de Turenne.

diminuaient, c'eût été une faute dont un échec aurait aggravé la responsabilité. Le plus urgent et le plus sûr, c*était de conserver ce qu'on venait d'acquérir, et dans ce but fortifier Menin et Oudenarde, surtout cette dernière, la position la plus importante que le roi eût encore tenue en Flandre. « Il faut, écrivait-il à € Letellier, que les villes de Flandre se défendent < toutes seules pendant l'hiver. La conservation de ce € lieu (Oudenarde) doit, à mon avis, faire une révolua tion en Flandre (1 ). » Il se postaà Epière, un lieu plein de fourrages, où il tirait d'Ypres son pain de munition, et le faisait arriver par l'Escaut à Oudenarde. Il y demeura pendant le mois d'octobre, couvrant les travaux de fortification, surveillant l'ennemi dans Cou^ trai et dans Tournay, et repoussant toujours avec bonheur les partis espagnols qui, de l'une ou l'autre de ces deux villes, essayaient d'inquiéter ses travailleurs. En novembre, un mouvement de l'archiduc sur Gourtrai l'invita à prendre des airs d'agression, il poussa jusqu'à Grammont où il laissa quelque cavalerie, menaça Âlost, et se cantonna à Ninove , ce qui mit les Espagnols hors d'état de sortir de Bruxelles où Gondé alla les rejoindre. Grâce à cette tactique, les fortifications avancèrent au grand étonnement même des Français. On avait affirmé qu'elles ne pourraient être terminées avant l'époque où les grandes rigueurs de l'hiver rendraient la dispersion des troupes inévitable. Un millier de paysans, joints aux soldats, don-

(4) Lettre à Letellier, du 27 septembre 4658.

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nèrent un démenti inattendu à ce fâcheux pronostic. « Il n'est pas croyable, écrivait-il le 1 5 novembre, les travaux qu'on a faits à cette place (Oudenarde); le chevalier de Clerville les a fort bien pris , et y a agi avec soin (1). » On n'avait pas moins réussi à Menin, comme il l'atteste dans ses mémoires. Cependant ces occupations ne suffisaient pas à sa vigilance. Dès le mois d'octobre , il invitait Letellier à faire travailler aux recrues, dans la crainte que, au printemps, l'enoemi trouvât les Français en mauvais état. Il pressait sans relâche l'arrivée de la solde dont il importait de ne pas suspendre le payement jusqu'aux quartiers d'hiver, l'arrivée des vivres et des munitions indispensables aux garnisons qui resteraient en pays ennemi ; il comptait les jours jusqu'à la prochaine campagne, et prévoyait que le pain manquerait au mois de mars à la plupart des garnisons si le ministre ne répondait pas à toutes ses demandes. « Or, ajoutait-il, on sou- « tient les choses dans le commencement de l'hiver, « mais vers le printemps il faut de grandes ressources « d'argent pour mettre les choses en état (2). >> Il persévéra dans ces soins jusqu'en février 1659. Alors reconnaissant que les troupes espagnoles de Courtrai etdeTournay étaient épuisées, et avaient besoin de se retirer sur la Meuse pour se rafraîchir, il crut pouvoir ramener en France une partie de l'armée du roi. 11 laissa des garnisons ordinaires à Dunkerque, Gra-

(4) Leiire à Letellier, du 45 novembre 4658.

(2) Lelire au môme, du 11 janvier 1659.

126 LA FftONDE ESPAGNOLE.

velines, Bergues, Fumes etDixmude, doBt la posiiiofi à grande distance de Tennemi. n'inspirait aucune crainte ; des corps plus nombreux à Menin,. Oudemcde et Ypres ; en tout cent compagnies de cavalerie et la moitié de Tinfanterie. Il rentra lui-même à Paris au moment où le roi revenait de Lyon (1 ). Là. il put enfifi entrevoir le termie et le prix de ses- travaux dans Te»* poir fondé d'une paix prochaine.

Après la prise de Gravelines et d' Ypres, « les affaires < du roi en Flandre étant mieux établies que jamaiâ^ > la cour de France avait donné un rendez-vous à Lyon à la maison de Savoie pour examiner la question d'un mariage entre Louis XIY et une princesse de cette famille. Ce voyage eut lieu dans les derniers mois de 1 6Ô8, et s'étendit même aux premières semaines de Tannée suivante. La princesse Marguerite se flattait déjà de la perspective de la couronne de France, lor^qu^un émissaire espagnol, Antoine Pimentd,.se ppésenta à Mazarin avec dfes proposition& capables^ de le faire changer d'avis. Le roi d'Espagne , épuisé de la lotte, sans alliés désormais, battu sur tous les points, essavait de traiter aux conditioos les moins d^orâbles pour lui% U offrait, avec la paix, Tainée de ses filles, Tinfante Marie-Thérèse. Cette offre qui s'accordait si bieu avec les projets de Mazarin sur la successioi] es|>agno)e, avec les sentiments de famille d'Anaed'Autriche^ fit abandonner le mariage de Savoie. On lYlira à la princesse Marguerite les espérances qu'on

^r C*e$i ki q«^ s^arrèient le&liteoiies>4e TuziaiBC.

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