VINCENT DE PAUL CONTRE LES JANSÉNISTES
auteurs du projet : la nécessité de ramener à la vérité par un jugement solennel ceux qui ne Font quittée que par ignorance, la certitude que le mal ne s'accroît que faute de répression, Thonneur des évêques de France qu'on soupçonne à Rome de jansénisme et qui doivent avoir à cœur de se justifier, la règle, prescrite par le Concile de Trente, de s'adresser au pape dans les contestations de doctrines. Plus tard, la discussion commença ; étonné de n'avoir pas reçu de réponse d'un évêque qu'il estime, l'homme de Dieu renouvelle son envoi et va au devant des objections par lesquelles s'expliquerait peut-être ce silence qu'il regrette. Est-ce qu'on espère plus d'effet d'un concile? Un concile est impossible dans Tétat présent des affaires. Le prélat craint-il de se prononcer d'avance sur un affaire où il peut être juge? Puisqu'il s'agit défaire parler le pape seul, aucun évêque ne siégera au jugement. Les papes n'ont-ils pas défendu de disputer sur ces matières? Ce qui est prescrit aux particuliers ne peut l'être au chef de l'Église auquel tous les autres membres doivent avoir rapport. N'y at-il pas danger que les novateurs ne se soumettent pas et donnent le scandale de leur résistance à une condamnation? Il est certain que beaucoup, qui se sont égarés par ignorance, reviendront par esprit de soumission. En tout cas, ii ne faut laisser aux âmes de bonne volonté aucun doute sur la gravité des erreurs nouvelles. Elles conduisent droit au calvinisme ; on le voit bien par l'exemple d'un certain Labadie, prédicateur janséniste, qui vient de se faire huguenot à Montauban ; on le sent aux jactances des ministres calvi-
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nistes qui se vantent que la plupart des catholiques sont de leur côté, et que bientôt ils auront le reste. « Il y va de la gloire de Dieu, du repos de TÊglise, et « fose dire 9 de celui de VÊtat; ce qm nous voyons plus « clairement à Paris qu'on ne peut se V imaginer ail- « leurs (1 ). »
Une épreuve sensible attendait Vincent de Paul au milieu de tant d'efforts heureux. Il échoua auprès de Caulet et de Pavillon, évêques de Pamiers et d'Aleth. Us avaient été ses amis, il les croyait hommes de bien; il avait compté sur leur coopération contre l'erreur; mais ils lui répondirent par une lettre commune où leurs raisons n'étaient que de véritables faux-fuyants. A les entendre, les esprits n'étant pas disposés à la soumission, il n'était pas opportun de la leur demander. Il y avait danger à montrer les évêques divisés. Un concile aurait plus d'autorité que le pape. Le pape, dans l'état de guerre où se trouvait l'Europe, n'avait pas la liberté de juger avec toutes les formalités nécessaires. Vincent de Paul, affligé de cette défection, n'en fut pas déconcerté ; il riposta avec d'autant plus d'énergie que les deux récalcitrants étaient plus opiniâtres. Attendre pour condamner une erreur, qu'elle consente à se soumettre, c'est, bien loin de la préparer à l'obéissance, la confirmer dans son opposition. Un concile n'est pas possible, et rien n'ôtera au pape sa liberté; mais les novateurs veulent un concile, préoisé-
(4) Lettre de Vincent de Paul à Pierre Nivelle, évêque de Luçon, 23 avriH65l.