‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 33 sur 140 · VINCENT DE PAUL CONTRE LES JANSÉNISTES · texte numérisé non relu

VINCENT DE PAUL CONTRE LES JANSÉNISTES

ment parce qu'il ne peut pas se tenir, et ils ne veulent pas du jugement du pape, parce que c'est le seul qu'ils aient à craindre. Des évoques divisés, cela s'est vu malheureusement dans plusieurs conciles antérieurs, et c'est précisément pour cette raison qu'il faut s'adresser au pape, puisque, comme vicaire de Jésus- Christ, il est le chef de toute l'Église, et par conséquent le supérieur des évêques. 11 les priait donc de peser ces raisons « que je voudrais, disaît-il, apprendre de vous « que je révère comme mes pères et les docteurs de « l'Eglise. ^ Il les avertissait en outre que, sans le savoir peut-être, ils devenaient, par leur silence, un appui pour les sectaires qui s'en vantaient déjà dans un écrit public; enfin il leur apprenait qu'il restait maintenant peu de prélats qui n'eussent pas signé la lettre circu- • laire. Les deux évêques ne cédèrent pas à ces instances; Caulet et Pavillon étaient réservés, dans ces débats, à une célébrité regrettable. Mais Vincent de Paul avait fait son devoir, même contre l'amitié, et il en recueillait le fruit dans les succès véritables que constataient ses dernières paroles (1).

Ce zèle de Vincent de Paul serait au besoin une des meilleures preuves de la gravité des questions engagées, la justification à priori de ceux qui firent du jansénisme une affaire capitale. Quel résultat se proposait-il donc d'atteindre ou de prévenir, dans cette lutte contre les partisans d'une morale austère, contre des personnes dont il avait été l'ami en d'autres

(\) Abély, liv. IletXlï.

temps ? Sa charité n'a jamais fait défaut à personne ; sa vertu n'a jamais permis de le ranger parmi les relâchés. Il n'était suspect d'aucun intérêt d'orgueil, de parti ou de communauté ; et il n'a recueilli de cette guerre théologique que les qualifications méprisantes dont ses fiers adversaires ont essayé de flétrir sa simplicité. Évidemment il était frappé, convaincu, inquiet du danger que couraient l'Église et ses fidèles. 11 vient de le dire : le jansénisme menait droit au calvinisme, et les calvinistes eux-mêmes le proclamaient avec la satisfaction du triomphe. Or cette doctrine de prédestination capricieuse entraînait comme conséquence pratique le désespoir ou le libertinage, ou tous les deux à la fois. Un auteur de ce temps l'explique sous une forme plaisante qui n'ôte rien au sérieux du raisonnement. Dans sdL Relation du pays de Jansénie{\\ composée en parodie des romans à la mode, il place la contrée de Jansénie sur les confins de la Calvinie^ de la Désespérie et de la Libertinie, pour signaler, par le voisinage de ces pays fantastiques, le lien de doctrines également anti-chrétiennes. La secte qui détruit la liberté, qui veut que les commandements soient impossibles, mène au calvinisme qui enseigne exactement la même chose. L'opinion de la grâce qui nécessite au bien, quoi qu'on fasse ou qu'on ne fasse pas, fait le libertinage. La doctrine qui enseigne que Jésus- Christ n'est pas mort pour tous les hommes, et que sa

(4) Zacharie de Lizieux. — Relation du pays de Jansénie, 4668 el 1664.

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