‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 48 sur 140 · ACCOMMODEMENT DE RETZ AVEC LA COUR · texte numérisé non relu

ACCOMMODEMENT DE RETZ AVEC LA COUR

n'eussent produit un grand effet, si on avait poussé la chose jusqu'à Tinterdit (Guy Joly). Mazarin, au même moment, dans ses lettres diplomatiques, portait dans les mêmes termes, la même accusation contre les jansénistes; il ne savait pas que ses plaintes seraient confirmées longtemps après par les aveux d'un complice (1).

Ce jeu coupable, qui risquait la sédition publique pour le triomphe d'une cause prétendue sainte, ne tourna pas aussi bien que les soutenants se le promettaient. Mazarin ne se laissait pas faire. Instruit de tout, il agissait à Rome avec la même vigilance qu'à Munster, mêlant quelquefois la menace aux réclamations légitimes. Quand il eut appris que le pallium avait été accordé à Retz, il signifia qu'il ferait exclure le pape du prochain congrès pour la paix générale ; forme d'intimidation dont Alexandre VII se plaignit comme d'une entrave à sa liberté (2). Mais une manière plus convenable d'agir sur l'esprit du pontife, ce fut de lui dévoiler catégoriquement ce que valait l'accusé. L'ambassadeur français, Lyonne, mit sous les yeux d'Alexandre VII une accusation en règle contre le cardinal de Retz, comprenant les duels de sa jeunesse, le dévergondage de ses mœurs, toute sa com-

(1) Mazarin écrivait à Brienne, août ^ 655 : « Ce curé d« la RIadeleine est un janséniste déclaré, l'instrument des attentats du cardinal de Retz, celui au nom de qui se publient tous ces placards, après les avoir concertés avec les plus savants et les plus opiniâtres de cette secte-là,., Toat cela tend indirectement à relever le jansénisme, qui n*a plus d'autre ressource que dans la confusion et le désordre. »

(2) Mémoires de Retz, 3*^ partie.

LOUIS XrV. — T. II. \%

plicité dans la guerre civile ; il prouvait en même temps que le fugitif*, à Rome même, négociait sans relâche avec les agents du prince de Gondé condamné à mort comme traître ; il concluait à demander que l'inculpé fût rois en jugement (1). Le pape commença à démêler l'intrigue ; il menaça Retz de renfermer au château Saint-Ange (2) ; il nomma une congrégation de cardinaux pour lui faire son procès, tout en veillant à ce qu'exigeait la dignité du personnage (3), En dernier lieu, la chambre des vacations du Parlement de Paris ayant, comme le Ghâtelet, condamné le curé de la Madeleine, Alexandre VII déclara à Retz qu'il ne pouvait plus le défendre, et le pressa de s'accommoder au plus tôt avec là cour de France. Pour commencer, il était raisonnable de mettre provisoirement à la tête du diocèse de Paris quelqu'un qui ne déplût pas au roi. Le cardinal fut bien obligé de reconnaître qu'il ne pouvait s'opposer à cet arrangement. Le pape proposa d'abord de nommer un suf fragant ; mais cet expédient rencontrant des difficultés auprès de l'assemblée du clergé, du Parlement, et même du roi, il fallut au moins choisir un nouveau grand-vicaire entre six personnes désignées parl'autorité royale. Retzs'y résigna; Tofficial

(4) L'envoi des pièces par la cour de France est de juillet 4655.

(2) Une lettre de Lyonne, du 22 juillet, annonce que le pape a fail dire au cardinal de Retz que una stan%ain Castello era ben presto preparala. Guy Joly atteste également la peur que Retz avait d'être arrêté.

(3) Lettre de Lyonne du 9 août 4655. Guy Joly parle également de cette congrégation dont Retz s'efforça d'entraver les opérations en se portant à sou tour accusateur contre le cardinal Mazarin.

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de Paris, délégué par lui-même, ôta tout pouvoir au curé de la Madeleine, tout prétexte aux clameurs, aux mouvements du parti (2 janvier 1656).

L'échec était complet. La cour de France ne tint aucun compte à Retz d'un choix qu'il aurait voulu faire prendre pour une preuve de sa fidélité inviolable ; le roi, la reine, refusèrent de lire les lettres qu'il leur adressait. Maintenant que le gouvernement provisoire de l'Église de Paris était régulièrement organisé par une transaction entre l'autorité spirituelle et l'autorité royale, il n'était plus permis de crier à la violation des lois ecclésiastiques, et les esprits se calmaient à Paris et à Rome. Une contrariété plus vive encore, c'est que le nouveau grand-vicaire s'inquiétait peu des intérêts personnels du cardinal, qu'il ne se pressait pas de lui faire restituer la possession de son temporel, et qu'il s'entendait même avec ses ennemis en permettant à certains évêques défaire dans Paris des fonctions épiscopales que le curé de la Madeleine leur avait interdites, Retz ne put y tenir plus de cinq mois. Pressé du besoin d'argent, n'espérant plus rien du pape, n'obtenant rien du roi, il se résolut à faire un coup d'éclat. Des bains de Saint-Cassien, en Toscane, où il s'était transporté pour soigner son épaule, il lança un acte (mai 1656) par lequel il révoquait l'official de ses fonctions de grand-vicaire, et rappelait au gouvernement de l'Église de Paris ses anciens agents et les curés de la Madeleine et de Saint-Séverîn. Le pape protesta inutilement contre cette nouvelle déclaration de guerre. Retz lui écrivit moins pour expliquer sa ccn-

duite que pour s'excuser de quitter Tltalie. Il alléguait la peste dont la contrée était infestée, le manque d'argent qui le rendait à charge à ses amis y l'obligation de se rapprocher de son diocèse pour mieux pourvoir au gouvernement. Il prit immédiatement la route de Florence, traversa le Milanais à quelque distance d'une armée française qui assiégeait Valence, et, par la Suisse, atteignit la Franche-Comté. Cependant la révocation de rofficial avait été portée en France, signifiée aux intéressés, et placardée au coin des rues pour que personne ne pût prétexter cause d'ignorance (1). Le moment paraissait bien choisi : Turenne venait d'être battu devant Valenciennes.

Mais, en dépit de la victoire de Condé, la position n'était plus aussi propice aux intrigues que parle passé. Le héros de la querelle s'était lui-même retranché son arme la plus puissante. Il avait réussi pendant quelque temps à opposer TÉglise au roi ; cette fois, ayant rompu lui-même un accord concerté entre les deux puissances, il les avait Tune et l'autre contre lui. Le pape blâmait ce que le roi dénonçait; l'assemblée du clergé de France ne pouvait pas approuver davantage. « La révocation de l'offîcial, disait Mazarin, est une « action violente et injuste, universellement condam- < née, et qui doit l'être aussi solennellement par le « clergé. > Sans accorder tout ce que le ministre demandait, l'assemblée fit comprendre au cardinal de

(1) Guy Joly : Mémoires de Relz, complément ; lettres de divers, rassemblées par les éditeurs.

ÉCRITS ET COLLECTES EN FAVEUR DE RETZ. t81

Retz qu'elle ne le soutiendrait pas dans une nouvelle entreprise de révolte. Elle lui rappela, par une lettre officielle, ce qu'elle avait fait pour assurer sa juridiction spirituelle ; elle promettait d'agir encore pour lui faire rendre son temporel ; mais elle exigeait qu'il nommât des grands-vicaires agréables au roi, et qu'il tînt une conduite pleine de modération et de respect pour Sa Majesté. Par une autre délibération, elle supplia le roi de faire terminer l'affaire en six mois par des juges ecclésiastiques. En présence de cette attitude qu'il considérait comme un abandon, Retz pouvait se perdre par quelque violence; un refus de condescendance aux conseils de l'assemblée du clergé lui aurait ravi le dernier espoir qui lui restait, lorsque le parti, qui le servait avec tant d'opiniâtreté, le sauva malgré lui. L'évêque de Châlons, Vialart, ardent janséniste, lui imposa l'exécution des volontés de l'assemblée. Sans le consulter de nouveau, Vialart fit rédiger et signer par le faussaire Lehoux une nomination du doyen de Notre-dame aux fonctions de grand-vicaire ^ avec une lettre du cardinal de Retz^ de la même fabrique^ à rassemblée du clergé y par laquelle il les priait d'intercéder auprès de Sa Majesté pour la restitution de son temporel. La lettre était datée du Plessis, deux jours seulement avant sa réception, ce qui fit juger au cardinal Mazarin que le cardinal de Retz était fort proche (1).

(4) Guy Joly. Pour croire à un pareil forfait d'unévêque, nous avons besoin de trouver cette dénonciation dans le livre d'un confident ; et, pour qu'on ne nous accuse pas d'y rien changer, nous lui avons laissé le soin de la raconter textuellement.

Retz apprit que la chose était faite quand elle était irréparable ; il ne pouvait réclamer sans dénoncer ses amis, sans se perdre définitivement avec eux en levant le voile qui avait couvert tant de menées infâmes. Le doyen de Notre-Dame resta grand-vicaire, du consentement du roi, avec toutes les apparences d'une délégation exactement canonique; ceux que Retz avait voulu rétablir dans ces fonctions n'avaient plus de titre officiel ; ils furent d'ailleurs dispersés ou arrêtés par le gouvernement. Lui-même il se tint hors de France, fort inquiet du procès dont il était menacé. Il est vrai qu'il ne fut pas tout à fait délaissé. L'évêque Vialart lui écrivit et lui fit écrire de belles lettres par Messieurs de Port-Royal^ dans lesquelles ils lui proposaient V exemple des saints évêques qui s'étaient cachés dans les déserts et dans les cavernes au temps de la persécution (1 ). Le parti tenait à ne pas laisser tomber son ardeur et à la réserver pour une bonne occasion. En outre, on arriva à lui fournir l'argent qui lui manquait. De toutes ses nécessités, c'était bien la plus sensible, et de sa dignité d'archevêque il ne regrettait rien tant que la jouissance de son temporel. Il repoussa fièrement la proposition de placer des troncs dans les églises avec cet écriteau : Pour la subsistance de monseigneur V archevêque; cette gususerie lui parut indigne de lui, quoiqu'elle eût un air de provocation à la guerre civile, que ses amis ne dédaignaient pas. Il fut moins délicat pour les dons particuliers. On se

(1) GuyJoly.

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