‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 49 sur 140 · EGBITS ET COLLECTES EN FAVEUR DE RETZ · texte numérisé non relu

EGBITS ET COLLECTES EN FAVEUR DE RETZ

cotisa de divers côtés ; les religieuses de Port-Royal apportèrent leur part avec une aisance qu'il ne lient qu'à nous de prendre pour un acte pur et simple de dévouement filial . c On veut bien avouer, dit Racine (1), « que lorsqu'il fut archevêque après la mort de son « oncle, les religieuses de Port-Royal le reconnurent « pour leur légitime pasteur.... On ne nie même pas « qu'ayant su l'extrême nécessité où il était après « qu'il eut disparu de Rome, elles et leurs amis ne « lui aient prêté quelque argent pour subsister, ne <ï s'imaginant pas qu'il fût défendu, ni à des ecclésias- « tiques, ni à des religieuses, d'empêcher leur arche- « vêque de mourir de faim. »

Le principal agent des collectes fut Vialart. Il était fils de la présidente Deherse, dévote connue à Jansénius et à Retz, qui avait ouvertement quêté pour ce dernier après son évasion de Nantes. Lé fils, digne de la mère, soit par lui-même, soit par le concours de plusieurs, assura à l'exilé une rente annuelle de huit mille écus, La somme était encore assez modique pour un homme qui aimait à vivre largement sans compter, mais elle pouvait suffire, surtout à une époque où la nécessité de se cacher supprimait bien des occasions de dépenses fastueuses. L'évêque de Châlons expédiait régulièrement hors de France ces subventions et les communications politiques qui intéressaient le parti. Joly, secrétaire et caissier, chargé de tout ce commerce, recevait les lettres d'affaires et les lettres de change,

(0 Racine : Histoire de PorhRoyal, 4" partie.

et faisait parvenir l'argent au cardinal dans les diverses retraites où il jugeait utile de s'abriter successivement. Cette vie d'aventures dura plusieurs années.

La complicité des jansénistes avec le cardinal de Retz se ralentit, au moins pour l'effet extérieur, à partir de cette époque. Après avoir montré quelle part ils prirent dans la question de la juridiction ecclésiastique, il est temps de revenir en arrière pour étudier leur lutte dogmatique contre l'autorité pontificale, la Sorbonne et les jésuites.

IV. — Résistance des jansénistes à la bulle d'Inn ocent X. — Subtilité du mot â mot, — Questions du droit et du fait. — Condamnation d'Arnauld par la Sorbonne.— Pascal; le$ Provinciale», — Enregistrement de la bulle.

ft Les jansénistes, dit M. Sainte-Beuve, leur histo- « rien et leur panégyriste, ont toujours été dans l'usage « de savoir les intentions des papes mieux que les « papes eux-mêmes. » C'est ainsi que, dès 1 642, ils tâchaient d'infirmer l'autorité de la bulle d'Urbain VIII,

en prétendant que le pontife n'aurait pas voulu nommer Jansénius dans cet acte, mais que le nom de Jansénius y avait été inséré par l'assesseur du saintoffice. Us n'agirent pas autrement vis-à-vis d'Innocent X. Le pape leur ayant déclaré qu'il n'entendait pas condamner la doctrine de saint Augustin, ils essayèrent d'en conclure, non pas que le pape distinguait saint Augustin de Jansénius, mais qu'ils n'étaient pas condamnés eux-mêmes, parce qu'ils avaient toujours répété que leur doctrine et saint Augustin, c'était tout un à leurs yeux. Après quelques mois de silence,

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