‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 59 sur 140 · DEFAUT DE POUCE INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

DEFAUT DE POUCE INTÉRIEURE

sieur de Speyeck. L'étranger, en lançant une boule, avait obligé La Marck à se détourner de son chemin. L'offensé jette la boule hors du jeu, TofTenseur l'apostrophe de fripon et de coquin. Aussitôt La Marck envoie ses pages et ses laquais chercher des épées pour secouer rudement Pinsolent ; les amis de Speyeck dégainent de leur côté pour soutenir l'égalité avec le provocateur. On parvint cette fois à empêcher l'effusioD du sang ; la dispute fut portée devant la maréchaussée, non pas comme une tentative de meurtre, mais comme affaire d'honneur, et accommodée par compensation. On décida que le nom de coquin, donné à Bouillon, équivalait à l'affront dont se plaignait Speyeck. Dans le peuple, le bâton remplaçait l'épée, et ne frappait pas moins fort ni avec moins de liberté. Deux étrangers, alors en résidence à Paris, racontent tranquillement dans leur journal, ce qu'ils se permettent à l'exemple des Français. € Aujourd'hui, disent-ils, c nos laquais ont roué de coups un cocher qui leur « avait donné des coups de fouet. Il en a été quitte à € bon marché, parce qu'un de leurs bâtons cassa, € et fit qu'ils ne purent le charger autant qu'ils le c souhaitaient et qu'il le méritait. i> Ils se plaignent plus loin d'un vétérinaire qui avait leurs chevaux en pension et ne tenait pas ses engagements : « On l'a fait «c chercher pour le châtier. Si on l'eût rencontré, on « lui aurait appris son métier à grands coups de bâc ton. > Us disent encore d'eux-mêmes : <« Ce matin, € après avoir bien batlu notre petit Franz, nous le < chassâmes pour mille impertinences et friponne-

c ries. » C'était un droit que s'arrogeaient les mattres sur leurs serviteurs, et qui s'est conservé bien au delà des troubles de la minorité, jusque dans la splendeur du gouvernement de Louis XIV, chez les princes et même chez les princesses (1 ).

A la faveur de ces brutalités libres, de l'impunité des uns, de la terreur des autres, la plus basse des violences, le vol s'exerçait avec une effronterie dont il faut encore demander la preuve aux mémoires contemporains. Voici deux anecdotes assez concluantes. Un banquier est enlevé de sa maison, en plein jour, à la vue du public^ par des archers^qui lui signifient qu'ils ont ordre de le conduire au Châtelet. Perscmne ne bouge pour le défendre, et on le mène bien au delà An Châtelet, au faubourg Saînt-Ântoine. Là on exploite contre lui la crainte qu'inspirent les corsaires da prince de Gondé : si le détenu ne livre pas immédiatement cinquante mille francs, on va le mener à Rocroi d'où l'on ne sort pas sans avoir payé jusqu'au dernier sou, où l'on n'arrive même pas vivant si on prétend se défendre. C'étaient de faux archers qui, sous cette apparence offidelle, avaient dérouté tout soupçon et prévenu toute résistance. Le malheureux se décide ; il envoie un de ses voleurs auprès de sa femme pour rapporter la rançon exigée. Heureusement cette femme ne se déconcerte pas, elle questionne l'envoyé, le prend dans ses propres réponses, le^trowble si fort, que se voyant seul eft découvert, il avoue tout

(4) Journal de deux Hollundais : janvier, avril, mai 4667.

Page 1