‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 58 sur 140 · DÉFAUT DE POLICE INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

DÉFAUT DE POLICE INTÉRIEURE

faire la police même dans sa résidence, dans la banlieue, dans Paris, sur les hommes de la cour, sur ses propres soldats. La sécurité faisait défaut partout, dans toutes les conditions sociales, à quiconque n'était pas assez fort pour suffire à sa défense personnelle. Les voies de fait étaient le moindre mal ; on ne les réputaît pas encore mauvais genre, et la plus haute noblesse s'y livrait sans vergogne. Vendôme, un prince du sang intrus, et d'Épernon, le favori intime de Maiariri, se battaient devant la porte de la chambre de la reine, à coups de poing. Bragelone, souffleté par Roquelaure, terrassait son ennemi et l'assommait des mains et des pieds à la fois (1). Lorsque, pour de pareils actes, le roi envoyait les coupables passer un jour à la Bastille, ou ordonnait à d'Épernon de retourner dans son gouvememertt, le châtiment n'avait rien qui fût capable d'effrayer les imitateurs. D'autres fois de grosses fanfaronades à la Beaufort tournaient à la tragédie, comme Faveriture de Bartet. Ce Bartet, secrétaire du cabinet du roi, s'était vanté, pour une question de femme, de rabaisser la valeur physique et la bonne mine du duc de Caudale. Celui-ci voulut se venger ; quatre ou cinq de se» «spadassins arrêtèrent Bartet dans son carrosse, lui rasèrent tout un côté de la tête, cheveux et moustache^ lui déchirèrent les canons de sa culotte, et le laissèrent aller dans cet état ridicule. Ils n'avaient pas pris de masques ; loin de se déguiser, ils tenaient à bien établir qu'ils appartenaient à M. de Caudale. L'avenir) Journal de deux Hallandah : janvier et mai 1657.

ture divertit le public ; madame de Sévigné la trouvait bien ma^iW^, d'autant plus que, Bartet appartenant à la maison du roi, l'avanie avait des airs de bravade à l'autorité. On riait de ce que l'intéressé lui-même l'appelait une bagatelle. Mais au bout de quelques jours, il commença à sentir son mal, et à trouver qu'il eût été mieux qvC il n^ eût pas été tondu {\). Le roi n'avait pas pris sa cause en main parce que décidément c'était un homme sans naissance ; mais lui-même prétendit ne pas s'abandonner ; il fit entendre des menaces, il promit de poursuivre partout son offenseur. Pendant loDgtempSy Caudale n'allait pas en voyage sans prendre de grandes précautions, et sans faire éclairer sa marche devant lui (2). Faute d'intervention régulière de l'autorité, cette querelle de libertins pouvait devenir une tuerie à la façon des guerres privées des temps barbares.

La tuerie en effet était assez fréquente et autorisée par l'impunité. Ce même Caudale rencontre Montrevel qui lui en voulait. Montrevel barre le chemin, Candale court à lui. A l'instant les deux adversaires etieurs suites mettent l'épée à la main ; un écuyer de Gandale passe son épée au travers du corps de Montrevel. On ne voit pas que le vainqueur ait eu à rendre compte du meurtre ; où donc étaient tombés les édits de Richelieu contre les duels ? Au mail, La Marck, fils du duc de Bouillon, se prend de querelle avec un étranger,

(4) Sévigné, lettre du 4 i juillet 4655.

(2) Mémoires de mademoiselle de Montpensier.

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