‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 6 sur 140 · SEGONI» RETRAITE DE MAZARIN · texte numérisé non relu

SEGONI» RETRAITE DE MAZARIN

risiens ne se sentaient que plus d'ardeur à réclamer la paix sans délai* Les femmes s'acharnaient après Monsieur le Prince. Un jour qu'il les accusait d'être payées par les mazarins, les plus résolues lui répondirent : c Nous ne sommes pas des femmes à dix*sept sous, comme tes assassins de l'Hôtel-de-Ville. > Les six corps de marchands, assemblés aux Grands-Gamaux, décidaient l'envoi d'une députation au roi. Un plan s'organisait pour remettre au roi la Bastille et l'Arsenal. Le prévôt de Saint-Germain tenait tout prêts les pétards, les poudres, les échelles, toutes les machines nécessaires à l'exécution. On s'impatientait même de la lenteur que semblait mettre le roi à favoriser le succès par l'envoi de quelques troupes. Mais les princes n'étaient pas entièrement dépouillés du prestige de leur domination. Leur armée effrayait encore Paris ; leurs partisans, par de mauvaises nouvelles, ranimaient par moments les alarmes ; enfin, pour reconstituer et faire sentir leur supériorité, ils rappelèrent le duc de Lorraine, dont les troupes se répandirent aux environs d'Orléans et vers Villeneuve-Sfidnt-Georges. Force fut à l'armée de Turenne, inférieure en nombre, de se tenir en observation entre la Seine et l'Yères, pour neutraliser cette menace par une attitude défensive.

Néanmoins le flot de la réaction ne pouvait plus s'arrêter que le temps nécessaire pour monter par-dessus l'obstacle. Qui eût pensé que le cardinal de Retz irait le premier demander la paix au roi ? Ce fut pourtant lui qui commença. Il en donne pour raison la ré-

pugnance que lui inspiraient les écharpes rouges ( Espagne) et jaunes (Lorraine) voltigeant sur le Pont-Neuf, sa compassion pour la misère publique, son désir de sauver l'État. Au fond, il reculait devant la bourgeoisie, il sentait que le peuple retirait son appui aux factieux (1) : à la veille de la déroute de ses complices et de ses rivaux, il voulait tenter un dernier effort en faveur d'Orléans contre Condé ; il voulait surtout se garantir des conséquences delà conduite équivoque qu'il tenait depuis six mois. Les communautés ecclésiastiques avaient parlé de députer au roi. Le coadjuteur de Paris réclama l'honneur de les conduire. Il alla à Compiègne (12 septembre), où il reçut le chapeau de cardinal de la main du roi. Il parla, non sans noblesse, de paix, de clémence, d'impartialité entre les princes. On ne l'arrêta pas, comme il en avait eu un moment la crainte ; on le laissa déployer un luxe capable de gagner bien des gens , tenir sept tables servies en même temps, et dépenser 800 écus par jour. Mais on ne répondit selon son gré à aucune de ses propositions, et il revint inquiet des sentiments de la cour à son égard, et certain qu'on ne le prendrait pas pour médiateur des négociations.

Alors éclata le sauve-qui-peut parmi les frondeurs, en même temps qu'une recrudescence de zèle dans la bourgeoisie. Le président Charton, le héros du Pont- Neuf au jour de la gloire de Broussel, et tout récem-

(4) Mémoires de Relz. C'est ici qu'il place le mot de Lamoignon, cité plus haut, sur Timportance des honnêtes gens.

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