‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 7 sur 140 · SÉDITION DU PAPIER · texte numérisé non relu

SÉDITION DU PAPIER

ment roué de coups par ses amis de rHôtel-de-Ville, essaya de faire sa soumission, et, comme pour prix de sa grâce, offrit au roi quatre ou cinq colonels et quinze capitaines de la garde bourgeoise, déterminés, disaitil, à servir Sa Majesté en tout ce qu'elle voudrait. Le président De Maisons, dépouillé de sa surintendance des finances et de la capitainerie de Saint-Germain, tâchant encore de tirer parti de son retour, promit, si on lui rendait ses charges, de mener avec lui une douzaine de conseillers à Pontoise. Les bourgeois firent les choses plus grandement. Les députés des six corps de marchands réclamèrent des passe-ports pour se rendre à la cour ; car il n'était pas bon de passer sans tin sauf-conduit des princes à travers leurs soldats. Beaufort crut les effrayer en les traitant de factieux. « Si Ton ne se joignait pas, disait-il, au Parlement, au corps de ville et à M. Broussel, il ferait arborer sur les murs de Paris des étendards avec cette devise : Ville perdue. > Les députés lui ripostèrent du même ton qu'ils ne se détachaient pas du Parlement, parce qu'ils n'avaient jamais été unis avec lui, qu'ils ne se détachaient pas davantage de l'Hôtel-de-Ville et des anciens échevins, mais qu'ils n'avaient jamais rien eu à démêler avec les nouveaux ni avec Broussel. Pour mieux affirmer leur résolution, ils convoquèrent une assemblée au Palais- Royal et l'annoncèrent par un manifeste hardi, affiché partout, où Monsieur le Prince était dénoncé comme la cause de tous les maux : félon qui s'alliait à l'Espagne et à l'Angleterre pour devenir roi de Navarre et de Guienne, impie qui attirait sur la France tous les

Si CONDÉ CHEF DE LA GUERRE CIVILE.

fléaux du cid, tyran qui avait résolu de violer partout la loi et le droit des gens. L'assaooblée eut lieu le ik septembre ; il s'y entassa fUns de 4,000 personnes ; bourgeois, conseillers du Parlement, gentilshommes et menu peuple. On y vota le refus de toute taxe imposée par les princes, une députation au roi pour le prier de revenir à Paris, le drœt de courir sus aux troupes de Gondé et Tadoption du ruban blanc ou du papier au chapeau comme signe de ralliement, c au lieu € de la paille que F artifice et la tyrannie du prince c avaient fait porter à tous les habitants de Paris. >

L'effet de cette sédition du papier^ comme l'appelle dédaigneusement Mademoiselle, fut irrésistible. Le duc d'Oriéans, effrayé, délivra aux six corps les passe-ports demandés. Broussel et les échevins élus avec lui donnèrent leur démission. Le Parlement, malgré la pression des princes, refusa à la majorité de 53 voix contre 35, de citer à sa barre les promoteurs de l'assemblée. Par une heureuse contagion, les colonels de la garde bourgeoise s'assemblèrent à leur tour (25 septembre), et résolurent de députer au roi comme les marchands. A peine ils étaiaoït tombés d'accord, que les conseil- 1ers de la ville, débarrassés de Brousse!, vinrent les prier d'ajourner leur départ au samedi suivant, parce que le conseil de ville voulait se joindre à eux et députer en leur compagnie. L'assemblée des colonels consentit au retard pour avoir le renfort promis; mais avant de se séparer, elle fit une ordonnance à la garde bourgeoise qui défendait de laisser sortir de la vitie des vivres ou des munitions destinés à l'armée de

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