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prince. Il répandait les largesses autour de lui pour se faire des amis intéressés à sa conservation, des défenseurs en cas de danger, des vengeurs dans la postérité. Il gagnait la reine-mère en lui envoyant de l'argent pour ses pauvres (1). Il prétait aux gens de la Cour, et la plupart, sacrifiant au veau ctor^ s'attachaient si étroitement à sa fortune, qu'il n'eût pas été sûr de charger quelqu'un d'entre eux de son arrestation. Il salariait les poètes, les écrivains, grands ou petits, pourvu qu'ils fussent capables de contribuer à sa renommée. Corneille et Gombauld, Scarron et la Fontaine. Il sentait qu'il n'y a guère d'obscurs ou de flétris que ceux qui n'ont pas à leur service une voix sonore ou harmonieuse pour les exalter ou les justifier : Carent quia vate sacro. Corneille l'appelle sans façon surintendant des belles-lettres j non moins que des finances (3) . Il s'élevait sur tous ces appuis avec la prétention de s'élever toujours (çtto non ascendant 7)^ et il affichait^ dans les peintures de sa maison de Vaux, l'assurance de faire monter l'écureuil, son emblème, jusque par dessus la tête de l'aigle.
De bonne heure, Mazarin avait été signalé par ses adversaires comme coupable de réunir dans son palais les merveilles du monde. Un inventaire publié pendant le séquestre de ses meubles, et livré à la haine populaire, énumérait, entassait les objets précieux que le ministre n'avait pu acquérir qu'aux dépens de
(f } Motterilte, dernière partie.
(2) Corneille, préface d'Œdipe.
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TËtal ; un lit d'ivoire, des cabinets d'ébène ou d'écaillé de tortue, avec des tableaux enchâssés, supportés sur quatre lions en cuivre doré et surmontés de licornes, des statues d'Alexandre et de César en porphyre, des tables de marbre sculptées, une chaise mécanique, où, une fois assis, on montait et descendait à volonté par des ressorts inconnus (1), La guerre civile ne parait pas avoir tout dispersé ; car le palais n'était pas moins bien garni après le retour du maître, il avait même conservé un bon nombre de ces objets précieux. Ce palais, bâtiments et jardins, était circonscrit entre nos rues Vivienne , Neuve-des-Petits-Champs , Richelieu et Colbert ; c'est tout l'espace occupé de nos jours par la Bibliothèque. Mazarin y habitait le corps de logis, où la brique domine, à l'angle des rues Vivienne et Neuve-des-Petits-Champs, bâti primitive- • ment pour le président Tubœuf ; il y ajouta une riche galerie à deux étages pour y installer les tableaux de maîtres, les statues antiques, bustes et vases, dont il avait le goût éminemment italien. Une chapelle et d'autres constructions se groupèrent successivement sur les côtés de la vaste cour, par laquelle on accède aujourd'hui dans la Bibliothèque, si bien que, à la mort du cardinal, il y eut de quoi faire deux palais, l'hôtel Mazarin sur la rue Vivienne, l'hôtel de Nevers sur la rue de Richelieu. Des témoins oculaires nous donnent de la demeure de Mazarin une description
(4 ) Inventaire des merveilles du inonde trouvées dans le palais Mazarin, 4049.
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qui rappelle d'abord celle de la maison de Bretonvilliers (1 657) ; ils y admirent, dans le bas appartement, des statues si bien choisies et si excellentes, « qu'il ne leur manque que la parole, » entre autres celle de là Clémence; dans Tappartement d'en haut, les tentures de brocards d'or et de tapisseries les plus fines et les plus belles, deux tapis de pied d'une longueur incommensurable ; une table de marbre incrustée d'or et de pierreries qui avait appartenu à Henri IV, une autre taillée en fleurs avec leurs couleurs véritables (1), une troisième taillée en figures d'oiseaux, des galeries, enfin, où sont étalées toutes les raretés des Indes ; c'est bien là, comme chez les autres, l'ostentation du faste, et l'orgueil rayonnant du parvenu. Mais, chez Mazarin, le luxe se conciliait avec des instincts de grandeur utile, et des retours singuliers d'économie, qui lui attiraient successivement l'approbation et les quolibets. De ses appartements on passait à la bibliothèque, cette collection proscrite comme lui par les vandales du Parlement, et reconstituée par ses soins depuis son retour. C'était une galerie de cent cinquante pas de long. Cent mille ouvrages y étaient rassemblés sur des tablettes en forme d'armoires, soutenues par des piliers de charpenterie cannelés et taillés élégamment. A droite les imprimés, à gauche les manuscrits grecs, hébreux, chaldéens, syriaques, latins, etc. Un livre tout seul, de l'épais-
(4) Ces deux objets figurent dans Tinvenlaire de 1C49, comme dans la descripl^'oa des deux HoUandaU.
seur de deux doigts, était estimé h mille pistoles; c'était un recueil de planches sur parchemin où étaient peints en miniature les plus rares poissons de rivière et de mer, et une bonne quantité de coquilles. Ici le goût des sciences et des arts demandait grâce pour la dépense ; si elle était considérable, on sentait au moins que le profit n'en était pas réservé aux caprices d'un seul homme. Puis, en descendant de la bibliothèque à récurie située au-dessous, l'impression changeait aussi bien que la scène ; la malignité reprenait ses droits. Cette écurie avait trois cents pas de long ; elle était voûtée dans toute son étendue, d'une propreté et d'un entretien parfait ; mais elle était peu garnie de chevaux. Pourquoi cet appareil grandiose et cette nudité ridicule? « On voit bien, dit un des visiteurs, que celui <x à qui elle est ne se pique pas de cavalcades, de tour- < nois, ni de combats (1). »
Ce n'est pas que Mazarin ne sût être prodigue au besoin, quand il y allait de son importance et de sa renommée. Ayant invité un soir (1 658) à souper le roi, la reine mère, la reine d'Angleterre et Mademoiselle, il les mena dans une galerie où il étala à leurs yeux la valeur de quatre à cinq cent mille livres en hardes et nippes, pierreries, bijoux, meubles et étoffes. On y voyait tout ce qui vient de joli de la Chinôy des chandeliers de cristal et des miroirs, des tables et des cabinets, des senteurs, gants, rubans et éventails. Que signifiait cette exhibition bien faite assurément pour
(4) Journal de deux Hollandais.