‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 85 sur 140 · CONTINUATION DE LA MISÈRE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE LA MISÈRE PUBLIQUE

(( trop importante semble ue lui avoir servi que pour « Texposer en proie à tous ceux qui Tavoisinent, et 9 comme si ce n'était pas assez de tant de misères, « Dieu, cette année, ayant trompé Tespérance de nos « moissons, a frappé la terre de stérilité, car il ne faut € pas douter que tous ces maux ne soient arrivés par < son ordre. Il punit par la guerre celle que nous lui « faisons tous les jours.. •• La paix qu'il nous prépare « semble être prête à descendre sur nous ; on dirait € qu'il dispose toutes choses à son établissement; « arrachons-la-lui par la ferveur de nos prières, et <c surtout si nous voulons qu'il nous fasse miséricorde, « ayons compassion de nos pauvres frères, que la mi- « sère du temps réduira peut-être à d'étranges extré- « mités (1). > Ce prédicateur était Bossuet, prêtre depuis deux ou trois ans, qui inaugurait par la défense des pauvres son apostolat de la justice de Dieu.

Grâces à Dieu, dans l'Église, les voix éloquentes et les dévouements efficaces ne font jamais défaut à la charité. Vincent de Paul le proclamait un jour avec attendrissement, sans penser qu'il était lui-même, en son temps, l'instrument le plus admirable de cette providence fidèle. Il exposait aux dames de la Charité que, depuis Charlemagne et Tabandon de l'institution des diaconesses, les femmes n'avaient pas eu d'emploi dans l'Église; mais que tout à coup la Providence s'étant adressée à quelques-unes d'entre elles pour sup-

(4) Bossuet, panégyrique de saint Gorgon. Ce sermon n'est pas daté; mais il a été prêché devant le maréchal de Schomberg, qui mourut en 4 656, et pendant le séjour que Bossuet fit à Metz de 1 652 à 4 658.

pléer aux insuffisances de l'Hôtel-Dieu, et les premières appelées ayant répondu sans hésitation, d'autres bientôt s'étaient associées à celles-là, et en augmentant le nombre des ouvrières , avaient créé de nouvelles œuvres et trouvé les ressources pour y pourvoir. < Voilà, disait-il en se résumant, la collation et Tins- « truction des pauvres de THôtel-Dieu, la nourriture « et l'éducation des enfants trouvés, le soin de pour- « voir aux nécessités spirituelles et corporelles des « criminels condamnés aux galères , l'assistance des <c frontières et provinces ruinées, la contribution aux a missions d'Orient, du Septentrion et du Midi. Ce <ic sont là, Mesdames, les emplois de votre compagnie. « Quoi ! des dames faire tout cela! Oui, voilà ce que, <( depuis vingt ans, Dieu vous a fait la grâce d'entre- « prendre et de soutenir (1). » Quel tableau, et comme il repose la vue du spectacle des aventurières de la Fronde et des libertines des salons financiers ! On reconnaît ici ce sel de la terre, qui, en dépit des influences pernicieuses, garde au sol sa force vitale et sa fécondité. On sent que, si la société ne périt pas, c'est parce que le bien fait équilibre au mal, et sauve les coupables eux-mêmes quoi qu'ils fassent pour se perdre : Vos estis sal terrai.

Il est incontestable que ces bonnes œuvres contrebalançaient sensiblement les souffrances du peuple. Vincent de Paul se plaint quelquefois que la recette diminue, que la dépense excède les revenus de l'an-

(1) Assemblée des Uames de Charilé, 41 juillet 46â7,

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