‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 9 sur 140 · DÉROUTE DU PARTI DES PRINCES · texte numérisé non relu

DÉROUTE DU PARTI DES PRINCES

qui s'étaient compromis jadis, était la première conséquence de cette démarche; imprimée, distribuée partout malgré les efforts de l'ennemi pour l'intercepter, elle redoublait l'ardeur des corps de métiers et du menu peuple. On buvait dans les cabarets à la santé du roi ; les bateliers des ports empêchaient les Lorrains d'acheter ou d'emporter du blé, jetant à l'eau tout ensemble le grain et l'argent de l'étranger. Les colonels, les conseillers de ville, appelés par des lettres gracieuses du roi, firent à leur tour leur députation ; les officiers de la garde bourgeoise, réunis en assemblée (5 octobre), s'engagèrent à faciliter par tous les moyens l'entrée du roi dans la ville, à ouvrir telles portes que Sa Majesté voudrait, à faire main basse sur les opposants. Le Parlement leur ayant fait demander compte de cette déclaration, ils répondirent qu'ils ne connaissaient pas le Parlement. Ils avaient pour eux une bien autre force, celle du peuple qui les secondait à sa manière. Le duc de Lorraine faillit y périr. 11 voulait aller à son armée et sortir avec ses bagages sans passe-port de l'Hôtel-de-Ville. Le peuple se rua sur lui, le pourchassa d'injures et de menaces ; on n'épargna sa vie que parce qu'il s'attacha au surplis d'un prêtre qui portait le viatique à un gagne-denier de la paroisse Saint-Nicolas, et disparut dans la maison du malade d'où il regagna l'Église toujours garanti par le saint-rsacrement (11 octobre). Ce dernier coup désespéra les Princes. Beaufort se démit de sa charge de gouverneur de Paris; trois jourâ après, Condé furieux, dégoûté de ses amis, honteux de son rôle, sortit de

la ville, en la maudissant et lui promettant bonne guorre (\ ).

De tous les importants, il ne restait dd^ut dans Paris que le duc d'Orléans et le coadjuteur : le premier obstinée négocier encore, et se flattant même que Téloignement de Gondé, son allié odieux, lui assurerait meilleure part ; le second, fort embarrassé de sa politique double qui n'avait contenté personne, et qui allait le laisser isolé. Tout le reste appelait le roi. Si quelques entêtés du parti des princes pouvaient encore tenter une résistance, les chefs de la réaction avaient pris toutes les dispositions nécessaires pour occuper en un tour de main le Louvre, le Palais-Royal, même la Bastille, Le roi donc n'avait qu'à revenir. Le 19 octobre, le maréchal de l'Hôpital, ancien gouverneur de Paris, Lefevre, ancien prévôt des marchands, quittèrent Saint- Germain, et escortés des colonels de la garde bourgeoise, ils rentrèrent dans Paris où ils reprirent leurs fonctions. Le roi annonça qu'il reviendrait de sa personne le 211 , et par le même message il signifia au duc d'Orléans qu'il eût à sortir de la ville. Le malheureux voulut se persuader à lui-même qu'il était en état de désobéir, peut-être pour se faire un mérite de sa

(4) V. sur tous ces événements les Mémoires de Rertbod, le? plus importants, les plus remplis de faits, quoiqu'un peu confufé V. aussi Guy Joly, Retz, Orner Talon. Mademoiselle de Montpensier, qui n'a aucun souci des époques ni de Tordre des idées, ne peut servir que pour quelques traits anecdoiiques. Madame de Motteville, retirée en Normandie pendant quelques /nois, n'ayant pas assisté à cette fin de la Fronde, explique elle-même pourquoi son récit est plus bref et moins complet que de coutume.

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