‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 100 sur 151 · LE THÉÂTRE : DOMINATION DE CORNEILLE · texte numérisé non relu

LE THÉÂTRE : DOMINATION DE CORNEILLE

D'Andromède à Periharitc^ il essaye ainsi des espèces nouvelles dans le genre dramatique. Il faut Fentendre lui-mùmc expliquer sa pensée. A propos iï Andromède (1650), il trace les règles de Topera. Il consent à satisfaire les yeuv des spectateurs par les décorations changeantes, leurs oreilles par un concert de musique, tf Mais je me suis bien gardé de faire rien chanter qui fût nécessaire à Tintelligence de la pièce, parce que communément les paroles qui se chantent, étant mal entendues des auditeurs, elles auraient fait une grande obscurité dans le corps de l'ouvrage. > Combien l'opéra eût gagné à suivre toujours ce modèle ! Il aurait réuni rinvention des accords à la force de la composition littéraire, les sensations de l'harmonie à l'éloquence de la parole, le poète, le vrai poëtc au musicien, tandis qu'il est descendu à n'être qu'un concert sans péripétie et sans slyle. Dans l'épître dédicatoire de Don Sfl?icA^ (1 Col), Corneille réclame les droits de la comédie héroïque, ou du drame, selon riotre expression, et prouve qu'on peut faire une comédie entre des personnes illustres, comme une tragédie entre despcrsonnes médiocres. Si la tiagédie doit exciter la pitié et la crainte, si ce dernier sentiment ne s'excite que par la vue des soulïrances de nos semblables, c n'est-il « pas vrai qu'il y pourrait être excité plus fortement € par la vue des malheurs arrivés aux personnes de € notre condition , à qui nous ressemblons tout à fait, « que par l'image de ceux (jui font trébucher de leurs « trônes les plus grands monarques, avec qui nous « n'avons aucun rapport. » Don Sanelie^ malgré ses

32i LA LITTÉRATCRE PENDANT LES FRONDES.

défauts, justifie cette doctrine par de nobles scènes et de belles situations. Voltaire lui-même, cjui y blùme des longueurs et de froides amours, n'en avoue pos moins que la grandeur héroïque de cet homme, qui se croit fils d'un pêcheur, était une beauté inconnue en France, et que c'est un très-beau sujet qu'un soldat de fortune (|ui rétablit sur le trône sa maîtresse et sa mère sans les connaître. Une entreprise plus hai^die était sans doute iS'icomède (1 652). Au milieu de la domination des Précieuses, des guerres suscitées ou entretenues par l'amour, retrancher de la tragédie la tendresse et les passions, n'était-ce pas supprimer la tragédie elle-même? Corneille passe outre; il ne lait régner dans sa pièce que « la grandeur du courage « CQUibattue par la politique, » qu' « une prudence gé- <i néreuse (|ui marche à visage découvert contre les a artifices i» de l'ennemi. Ce héros de sa façon ne cherche pas même à faire pitié par l'excès de ses malheurs, et ne « veut d'autre appui que celui de la veilu « et de l'amour (|u'elle imprime dans le cœur de tous *( les peuples. » Voltaire aura beau dire que l'admiration n'émeut guère Tame et ne la trouble pas, que c'est de tous les sentiments celui qui se refroidit le plus tôt; Corneille a ré])ondu d'avance, en s'appuyanl sur le succès dcNicomède, que l'admiration dans Tàme du spectateur est quehjuefois aussi agréable que la compassion. Ses contemporains, même les moins sérieux*, reprenaient de la gravité pour confirmer ce jugement. Scan on, au milieu des bouffonneries de son lloman comuiue, écrivait du Nicomède de Yinimiiablc

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