ACTION DU PARTI DES HONNÊTES GENS
la rentrée prochaîne du roi dans Paris, et une amnistie pour tous les actes et injures passés, ils se firent aussitôt des adhérents qui, par leur influence personnelle et surtout par leur exemple, en gagnèrent rapidement un bien plus grand nombre. En moins de dix ou douze jours, les princes sentirent un changement qui les inquiéta : ils étaient assaillis au Luxembourg, à rhôtel de Gondé, au palais, de rassemblements considérables, où les femmes ne manquaient pas, et qui n'avaient qu*un cri : c La paix ! la paix ! le retour du roi! >
D'une simple démonstration, le passage aux actes ne fut pas long : la cour le détermina par une manœuvre fatale aux princes, et d'autant plus agréable aux bourgeois, qu'elle fut pour eux une surprise. Pour diviser encore le parti rebelle, le roi ordonna la translation du Parlementa Pontoise (6 août). Comme il n'y eut que deux présidents et onze conseillers qui obéirent à cet appel, l'ennemi crut pouvoir rire de celte défection ; on répétait avec triomphe le mot de Benserade, qu'il avait rencontré lout le Parlement dans un carrosse coupé (1). Mais ces treize magistrats, renforcés de Mathieu Mole, premier président, se déclarèrent Parlement légitime, puis demandèrent au roi, comme une satisfaction au moins temporaire, Téloignement de Mazarin. L'évèquedeGlandevez, averti de cette proposition, fit savoir que sans doute les Parisiens auraient reçu Mazarin lui-même avec le roi, mais que si le mi-
(1 ) Mademoiselle de Montpcnsîer.
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nistre s'éloignait, leurs applaudissements seraient incomparablement plus grands. Le roi, en conséquence, déclara (1 2 août) qu'il se séparait encore une fois de Mazarin malgré tous les services qu'il avait reçus de lui. A l'instant la bourgeoisie commença de refuser son concours aux princes. Pendant que ceux-ci faisaient prononcer des arrêts impitoyables par les magistrats restés à Paris contre ceux de Pontoise, les marchands coupèrent le nerf de la guerre civile en refusant les taxes demandées. Tout le quartier Notre- Dame éconduisit les collecteurs sans leur rien donner. Ceux du Pont ajoutèrent l'ironie au refus, c Monsieur, disait chacun au dizenier, je suis bon serviteur du roi, mais auparavant allez faire payer ceux de l'autre côté, qui sont tous mazarins, » et, de l'autre côté, même refus et même renvoi ; le dizenier rentra chez lui sans avoir reçu un denier (16 août). Beaufort et Broussel, ayant voulu tirer de l'argent des communautés ecclésiastiques, échouèrent aussi honteusement; on ne leur répondit que par le désir d'envoyer une députation au roi pour le ramener dans Paris.
Le départ de Mazarin (22 août), l'amnistie publiée par le roi (26), firent encore mieux éclater la mauvaise foi des princes. Ils vinrent déclarer à leur parlement que l'amnistie n'était pas suffisante, parce qu'elle contenait trop d'exceptions; ils ne pouvaient être satisfaits que par l'éloignement de Tarmée royale, la délivrance de passe-ports pour l'armée d'Espagne, le rétabUssement de toutes choses au même état qu'avant la guerre. En présence d'un égoïsme aussi transparent, les Pa-