TESTAMENT DE MAZARIN
de tout ce que je dois à Votre Majesté, en lui laissant Colbert(l). > Avec ce roturier, encore plus nouveau que les autres, il recommandait implicitement ceux qu'il avait lui-même conservés, malgré tant de résistances, dans les premières fonctions, et il assurait l'éloignement de l'ancienne noblesse et des princes. II ne craignit pas d'appeler l'attention du monarque sur le gouvernement des finances, où il avait pourtant plus d'un reproche à se faire à lui-môme ; il lui dénonça la dissipation des ressources publiques, et prépara ainsi le procès de Fouquct dont Golbcrt devait être le promoteur le plus actif. Enfin, dans ce zèle de réparations et de blâme de sa propre conduite, il aurait prié le roi d'avoir dans la distribution des bénéfices une attention exacte au mérite, < à quoi il avoua qu'il avait lui-même bien manqué, et qu'il en demandait pardon à Dieu (2). > D'autre part, il disposait l'opinion publique à estimer, à bien accueillir le nouveau maître. Il le louait assez haut pour étonner les jeunes courtisans qui ne voyaient dans le prince qu'un chef ou un compagnon de plaisirs : < Vous ne le connaissez pas, disait-il, il y a en lui de l'étoffe pour faire quatre rois et un honnête homme (3). >
Déjà un incendie au Louvre, dans l'appartement
(4] Mémoires de Choisy, liv. H. — Si cette phrase n*a pas été dite textuellement, en voici au moins Téquivalent dans ce passage du testament du cardinal : i A Colbert, la maison où il demeure, sans être obligé de rendre aucun compte, sous peine d'être déshérités pour ceux qui le demanderont, et prie le roi de se servir de lui étant fort 6dële.B
(2) René Rapin, Mémoires.
(3) Mémoires de Choisy, liv. H.
iSi LA FIN DE MAZABIN.
qu'il occupait au-dessus du roi, l'avait forcé à se transporter au château de Vincennes. Le peuple avait vu dans cet accident un signe de la Providence, qui figurait son éloigncment des aflaircs et sa mort prochaine. A la fin de février 1661 , le mal étant décidément sans remède, de l'aveu des médecins, Mazarin voulut finir de bonne grâce, avec grandeur et indiflerence. Il parut se plaire a assister à sa mort et à la faire voir aux autres. Il reçut en visite toute la cour, la reine-mère, le roi ; il fit défiler dans la ruelle de son lit ceux qui avaient été ses. amis ou ses serviteurs, et leur donna le spectacle d'une fermeté d'âme qui parut à plusieurs môlée d'orgueil. Celte ostentation perça jusque dans l'accomplissement des derniers dovoirs religieux, par une exactitude et un empressement de piété qui n'avaient jamais été dans ses habitudes. Il avait reçu les sacrements delà main du supérieur des Théatins, sans rien omettre des cérémonies et des convenances prescrites en celte extrémité. Néanmoins le dimanche avant sa mort, comme pour publier dans le peuple de Paris ses sentiments chrétiens, il manda a la hâte le curé de Saint-Nicolas des Champs au milieu d'un sermon du matin, auquel assistait un grand auditoire attiré comme toujours par la renommée de ce prédicateur. Le curé interrompit son discours pour courir à Vincennes, et cependant il ne fut admis auprès du malade qu'à cinq heures du soir. « J'ai reçu mes sacrements, dit Mazarin, et je ne vous ai envoyé quérir que pour parler de Dieu. Ces enlreticns se succédèrent jusqu'au mercredi matin. A deux heures après minuit (9 mars 1661)