IL MEURT A VINCENNES
le curé, qui se promenait dans une galerie voisine. Tut averti que le cardinal allait mourir. Il rentra, s'approcha du fauteuil de Tagonisant, et lui dit : c Monseigneur, l'heure est venue. > « L*heure de miséricorde, répondit Mazarin avec calme, hora misericardw. i Ce fut son dernier mot (I ).
Mazarin a droit à une place distinguée parmi les minisires qui ont utilement servi la France. Dépositaire de l'œuvre de Richelieu, s'il n'a pas l'honneur du plan primitif et de la première entreprise, il a le mérita assez rare d'avoir franchement assumé la politique d'autrui, et d'en avoir assuré le triomphe en secondant incessamment la diplomatie par les armes et les armes par la diplomatie, depuis Fribourg (si on ne peut pas lui rapporter Rocroi) jusqu'à la paix de Munster, et depuis Rethel où il fut le vrai vainqueur jusqu'à la paix des Pyrénées. L'Espagne abaissée pour toujours, l'Autriche dépouillée de la prépondérance en Europe, la France élevée au premier rang par l'éclat de ses victoires, le nombre de ses alliés, la conquête de ses fronlicres naturelles el tant d'espérances légitimes, c'était ce que Richelieu avait préparé, et ce que Mazarin laissait accompli. Il a prouvé par ces services, comme il le disait quelquefois, que son cœur était français, si son origine ne l'était pas. Quoique étranger, L*t souvent odieux à ce titre, il n'a jamais pactisé avec l'étranger contre sa nouvelle patrie; le besoin même Je sa défense personnelle n'a pu l'entraîner à une tra-
P Mt^moirosde Ucn»^ Uapin,l. HI, liv. XV.
hison qui a longuement déshonoré Condé, et voilé un moment la vertu deTurenne.
Au dedans, il n*a pas moins contribué à afTermir Tautorité monarchique, qui, par l'unité de la France, préparait Tégalité. l^armi ces soulèvements de nobles et de princes dont il est le prétexte, il n'a pas le ton hardi, les allures victorieuses de Richelieu. Ses revers, ses affronts, donnent à douter tantôt de son aptitude, tantôt de sa fermeté. Cependant comme il n'abandonoe jamais la volonté de vaincre, il est vainqueur à la fin. Par sa constance à revenir au combat, à reprendre ce qu'il n'a abandonné que pour un temps, par son habileté h diviser ses adversaires, par les fautes énormes auxquelles il les réduit, il les dépouille peu à peu de leurs forces, de leur prestige, de l'intérêt public. Richelieu, en les brisant, en les domptant par lepouvante, leur laissait encore l'apparence de pei'sécutés et une ressource dans l'opinion. Mazarin, moins fièrement, par une marche plus couverte, les use et les ruine par la patience et par le ridicule ; et il les laisse épuisés et isolés aux pieds du nionar(|uc qui doit tout dominer pour tout unir et tout égaler. L'humiliation de Condé n'a pas moins consolidé la suprématie royale que le suppUce de Montmorency.
Mais l'éloge doit s'arrêter là. Les succès du politique ne peuvent couvrir les insuflisances, les fautes et les défauts de l'administrateur et de l'homme. Son gouvernement a été stérile en institutions profitables au présent et à l'avenir. Soit dédain personnel, soitégoïsme ou difficulté des temps, on ne trouve sous Mazarin ni