‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 16 sur 151 · DÉROUTE DU PARTI DES PRINCES · texte numérisé non relu

DÉROUTE DU PARTI DES PRINCES

Lorraineet à celle des princes. L'ordonnance, affichée dans tout Paris, fut si bien exécutée que, dès le lendemain, Beaufort ne put conduire au dehors un charriot de bagages et de vivres ; les officiers se le renvoyèrent dédaigneusement de porte en porte et le contraignirent à rentrer dans sa maison. II essaya encore d'intimider les colonels et de les détourner du projet de députation par le danger de sortir de Paris sans passeports ; ils lui répondirent qu'ils n'en avaient pas besoin, puisqu'ils étaient maîtres de toutes les portes ; et comme il ripostait qu'au moins la campagne n'était pas sûre pour eux , ils ajoutèrent qu'ils sortiraient avec 400 chevaux, et qu'en tout cas il y avait bonne représaille dans Paris. Décidément le Roi des iialles était abandonné de tout son peuple.

La condition des autres princes n'était guère meilleure ni plus honorable. Orléans et Condé en venaient à des reproches mutuels qui n'aboutissaient qu'à les affaiblir encore en les divisant. Toutes les négociations avec la cour échouaient à leur confusion. Leurs tentatives par les armes n'étaient que des menaces qui irritaient le peuple de Paris, non des succès capables de le rattacher à leur cause. Ils crurent un moment avoir enfermé Turenne entre leur armée et celle des Lorrains ; mais Turenne, « le plus vanté capitaine pour « savoir bien prendre son parti, et éviter de combattre € quand il ne le pouvait faire avantageusement (1 ), » se dégagea par une fort belle action, marcha sur Melun,

(I) Mémoires de Mademoiselle.

o6 CONDÉ CHEF DE LA GUERRE CIVILE.

revint prendre Brie-Comle-Robert, et refoula l'ennemi vers Corbeil (fin de septembre). Monsieur le Prince, alors malade par suite de débauches (1), était hors d'état de réparer ce malheur. Que restait-il donc aux ennemis du roi? L'opiniâtreté de quelques frondeurs, tels que Viole et Chavigny, imputant à la reine, pour regagner la multitude, des projets de vengeance impitoyable ; ou encore quelques échos des anciennes fureurs retentissant dans les pamphlets, efforts désespérés d'une rage qui atteste son impuissance par ses emportements. La reine, disait un de ces écrits, ne respire que le sang ; elle ne fait goûter que du sang au roi (2). Un autre proposait pour modèle au roi le parricide de Néron, justifié par la nécessité publique (3). De tels éclats annoncent et précipitent la fin. La députation des six corps de marchands au roi était partie le 27 septembre. Elle recevait à Saint-Germain l'accueil le plus favorable. Une nouvelle amnistie, bien explicite, bien faite pour rassurer ceux des bourgeois

(4) Guy Joly; il dit crûment Torigine de la maladie de Monsieur le Prince. Mais Mademoiselle ne veut pas qu'on fasse ce tort au héros, et soutient que son mal n'était qu'une douleur de tête fort grande.

(2) La Vérité prononçant ses oracles satis flatterie: « Nous désirons que la reine revienne, désirons plutôt la peste. »

(3) L'Esprit du feu roi Louis XIII à son fils Louis XIV :

« Il est vrai qu'on aurait sujet de s'étonner comment Sénèque et « Burrhus prêtèrent leur consentement au funeste dessein que faisait « Néron de perdre sa mère Âgrippine, si ce n'est que la raison nous « apprend qu'il n'est pas juste qu'une personne, pour flatter sa passion a et satisfaire quelque désir de vengeance mal fondé, trouble le repos « de son empire, et qu'il est permis d'éteindre un flambeau qui ne luit « que pour la ruine du genre humain. •

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