‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 17 sur 151 · DÉROUTE DU PARTI DES PRINCES · texte numérisé non relu

DÉROUTE DU PARTI DES PRINCES

qui s'étaient compromis jadis, était la première conséquence de cette démarche; imprimée, distribuée partout malgré les efforts de Tennemi pour l'intercepter, elle redoublait l'ardeur des corps de métiers et du menu peuple. On buvait dans les cabarets à la santé du roi ; les bateliers des ports empêchaient les Lorrains d'acheter ou d'emporter du blé, jetant à l'eau tout ensemble le grain et l'argent de l'étranger. Les colonels, les conseillers de ville, appelés par des lettres gracieuses du roi, firent à leur tour leur députation ; les officiers de la garde bourgeoise, réunis en assemblée (5 octobre), s'engagèrent à faciliter par tous les moyens l'entrée du roi dans la ville, à ouvrir telles portes que Sa Majesté voudrait, à faire main basse sur les opposants. Le Parlement leur ayant fait demander compte de cette déclaration, ils répondirent qu'ils ne connaissaient pas le Parlement. Ils avaient pour eux une bien autre force, celle du peuple qui les secondait à sa manière. Le duc de Lorraine faillit y périr. Il voulait aller à son armée et sortir avec ses bagages sans passe-port de l'Hôtel-de-Ville. Le peuple se rua sur lui, le pourchassa d'injures et de menaces; on n'épargna sa vie que parce qu^il s'attacha au surplis d'un prêtre qui portait le viatique à un gagne-denier de la paroisse Saint-Nicolas, et disparut dans la maison du malade d'où il regagna TÉglise toujours garanti par le saint-sacrement (11 octobre). Ce dernier coup désespéra les Princes. Beaufort se démit de sa charge de gouverneur de Paris; trois jours après, Condé furieux, dégoûté de ses amis, honteux de son rôle, sortit de

la ville, en la maudissant et lui promettant bonne guerre (\).

De tous les importants, il ne restait debout dans Paris que le duc d'Orléans et le coadjuteur : le premier obstiné à négocier encore, etse flattant même que Téloignement de Condé, son allié odieux, lui assurerait meilleure part; le second, fort embarrassé de sa politique double qui n'avait contenté personne, et qui allait le laisser isolé. Tout le reste appelait le roi. Si quelques entêtés du parti des princes pouvaient encore tenter une résistance, les chefs de la réaction avaient pris toutes les dispositions nécessaires pour occuper en un tour de main le Louvre, le Palais-Royal, même la Bastille. Le roi donc n'avait qu'à revenir. Le 19 octobre, le maréchal de l'Hôpital, ancien gouverneur de Paris, Lefevre, ancien prévôt des marchands, quittèrent Saint- Germain, et escortés des colonels de la garde bourgeoise, ils rentrèrent dans Paris où ils reprirent leurs fonctions. Le roi annonça qu'il reviendrait de sa personne le 21 , et par le même message il signifia au duc d'Orléans qu'il eût à sortir de la ville. Le malheureux voulut se persuader à lui-même qu'il était en état de désobéir, peut-être pour se faire un mérite de sa

(4) V. sur tous ces événements les Mémoires de Berthod, les plus importants, les plus remplis de faiis, quoiqu'un peu confus* V. aussi Guy Joly, Retz, Orner Talon. Mademoiselle de Montpensier, qui n'a aucun souci des époques ni de Tordre des idées, ne peut servir que pour quelques traits anecdotiques. Madame de Motteville, retirée en Normandie pendant quelques mois, n'ayant pas assisté à cette fin de la Fronde, explique elle-même pourquoi son récit est plus bref et moins complet que de coutume.

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soumission. Il en prit à témoin le cardinal de Retz. € Le peuple, disait-il, n'est-il pas à moi ? — Oui, repartit le coadjuteur. — Le prince ne reviendra-t-il pas si je le mande ? — Je le crois. — L'armée d'Espagne ne s'avancera-t-elle pas si je le veux? — Toutes les apparences y sont. K En sorte que le pauvre Orléans n'étant « pas contredit n'eut pas le plaisir de répondre, ni « de pouvoir se plaindre qu'on l'eût empêché d'aigir. t C'était la comédie italienne où Trivelin dit à Scara- € mouche : Que je t'aurais dit de belles choses si tu « n'avais pas eu assez d'esprit pour ne pas me contre- € dire (l) ! p Le prince réduit à conclure seul, conclut enfin que, quoiqu'il fût regrettable que le roi revint sans avoir donné une amnistie générale, il n'était pas du devoir ni de la réputation du duc d'Orléans de s'opposer à ce retour. Quelle plus digne fin de la Fronde des princes que ce dialogue entre un imbécile et un roué? Les dupes confondues et abandonnées à leur impuissance, et le génie du mal se riant des misères qu'il a entassées sur elles : un pareil drame ne devait pas avoir d'autre moralité.

Le 2 1 octobre, le roi quitta Saint-Germain pour Paris. Sa marche fut ralentie par l'affluence considérable qui se porta à sa rencontre ; il n'entra dans la capitale qu'aux flambeaux, au milieu des démonstrations les plus éclatantes, comme un conquérant ou un libérateur. En mettant le pied sur le seuil du Louvre, il envoya signifier au fils de Broussel, gouverneur de la

(1) Mémoires de Retz.

Bastille, Tordre de rendre immédiatement la forteresse sous peine d'être pendu : la forteresse fut livrée sans délai ; à la veuve de Chavigny l'ordre de rendre Vincennes sous peine d'être arrêtée : le château fut immédiatement ouvert ; au duc d'Orléans l'ordre de partir au moins à cinq heures du matin , sous peine d'être amené prisonnier au Louvre : l'oncle du roi partit dès quatre heures du matin pour Limours. Le lendemain des lettres annoncèrent leur exil à Mademoiselle, aux dames de Ghàtillon, de Montbazon, de Fiesque et de Frontenac.

Après les honmies vint le tour des choses. Rien ne devait subsister de la Fronde, ni les grandeurs personnelles, ni les institutions. Au début de la résistance, quand les magistrats et les bourgeois étaient seuls dans la lutte, diverses réformes avaient été proposées, quelques-unes promulguées. Quoique le Parlement s'arrogeât un pouvoir au-dessus de sa compétence, et que tout ne fût pas pur dans ses intentions, quoique la bourgeoisie ne poursuivit guère, dans les changements financiers, que la satisfaction d'un égoïsme stérile pour le bien général, on ne peut méconnaître Tutilité sérieuse de la déclaration du 31 juillet, qui établissait un contrôle sur l'impôt, ni la garantie estimable renfermée dans la déclaration du 24 octobre, qui supprimait ou adoucissait les arrestations arbitraires. Mais, depuis que les importants et les princes s'étaient joints aux premiers frondeurs, ces questions d'utilité commune s'étaient perdues dans les débats d'ambitions et d'intérêts particuliers. Les magistrats eux-mêmes n'in-

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