CHAPITRE IX
La Fronde etpagnole.
I. — Dispersion des restes de la Fronde en France. — Alliance de Condé avec les Espagnols et avec Cromwell. — État des partis en France après le retour de llazarin. — Campagne de 1654 : siège d'Arras. — Alliance de Mazarin avec Cromwell. — Siège de Valenciennes. — Campagne de 1G57. — Prise de Montmédy et de Mardyciu
Il n'y a pas de victoire si décisive qu*il ne faille à la suite livrer quelques combats partiels aux derniers restes des vaincus. La Fronde, abattue dans son centre principal y et désormais incapable de constituer toute seule la guerre civile, vivait encore par tronçons aux diverses extrémités du royaume. A Paris même, la maladie de l'opposition n'était pas radicalement guérie, et plus d'un accès de jfièvre allait revenir aux convalescents. Toutefois, s'il ne se fût agi que des résistances locales de Provence, de Bourgogne et de Bordeaux, ou des habitudes parlementaires de remontrances, ou des intrigues infatigables du cardinal de Retz , captif à Vincennes , l'œuvre de la pacification complète n'aurait pas été bien longue ni bien laborieuse. Ce qui retarda celte heureuse conclusion, ce fut la trahison ouverte de Condé, son alliance avec l'Espagne, la reprise de la guerre étrangère sous la conduite d'un prince français. Et comme les débris
des mécontents intérieurs, ranimés à roccasion, apportèrent de temps en temps aux ennemis du dehors une assistance calculée, la Fronde se perpétua sous cet effort suprême des belligérants de la guerre de Trente Ans. La lutte de Condé contre la France peut donc, sans exagération , s'appeler la Fronde espagnole; la Fronde, comme l'Espagne, ne fut définitivement abattue que par la paix des Pyrénées.
L'autorité royale fit facilement justice, en France, de quelques opposants dispersés. En Provence, le comte d'Âlais, devenu frondeur comme Condé, avait en tête le duc de Mercœur. Celui-ci , par une vive attaque, prit Tarascon, Saint-Tropez , Toulon. Alais , ayant appris que Turenne avait repoussé Condé jusqu'en Flandre, accepta l'amnistie et quitta son gouvernement. En Bourgogne, le comte de Boutteville, frère de la belle duchesse de Chàtillon, tenait pour Monsieur le Prince la petite ville de Bellegarde (ou Seurre) . La galanterie rattachait la soeur au parti du héros, l'intérêt y enchaînait le frère peu scrupuleux sur les mœurs. Le duc d'Épernon , nouveau gouvemeor de Bourgogne, attaqua Bellegarde (mai 1 653), et, ma%ré les sorties de la garnison, la contraignit à capitider (6 juin). Sept cents hommes, avec leur général, eurent la permission de sortir et furent conduits à Stenai, qui appartenait à Monsieur le Prince (1). Boutteville, frondeur et ami de Condé, resta dès lors un objet de défiance et d'antipathie pour Louis XIY . Ce seii>tiinent ne
(f ) Mémoires de Montglai.