‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 25 sur 151 · ALLIANCES DE CONDÉ · texte numérisé non relu

ALLIANCES DE CONDÉ

pendantSy et pendant quelques jours patron des niveleurs j n'entendait pas avoir triomphé pour la multitude. Il voulait une république gouvernée par un conseil supérieur dont il serait le protecteur à titre de lieutenant de Dieu. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les réclamations de Miiton, son secrétaire, contre le suffrage universel, et de dégager de la forme allégorique le conseil supérieur des démons dans le Paradis perdu (i).

Toutefois la coalition ne fut jamais assez compacte, ni les intérêts des alliés assez mêlés pour réaliser le succès prétendu. Jamais le Parlement d'Angleterre n adhéra efficacement au parti de Condé. c Les affaires « de la république, écrivait l'agent du prince (2), dé- < pendent de tant de gens, que, quand il est question

(4/ Hilton, Moyen facile (Tétablir une société libre. Il déclare que la république doit être gouvernée par un grand conseil perpétuel; il ne veut pas du remède populaire propre à combattre Tambilion de ce conseil permanent, car le peuple se précipiterait dans une démocratie licencieuse et sans frein, « Si Ton donne à tous le droit de nommer loat le monde, ce ne sera pas la sagesse et l'autorité, mais la turbulence et la gloutonnerie qui élèveront bientôt les plus vils mécréanls de nos tavernes et de nos lieux de débauche, de nos villes et de nos villages, au rang et à la dignité de sénateur... Qui voudrait voir le trésor de rÊtat remis aux soins de ceux qui ont dépensé leur propre fortune dans d*infàmes prodigalités?... Sont-ils faits pour ôtreles législateurs de toute une nation ceux qui ne savent pas ce qui est loi ou raison, juste ou injuste, oblique ou droit, licite ou illicite ; ceux qui pensent que tout pouvoir consiste dans Toutrage, toute dignité dans Tinsoleoee?... Qui se supposerait devenu d*un cheveu plus libre par une telle race de fonctionnaires, lorsque, parmi ceux qui sont les vrais gardiens de la liberté, il y en a tant qui ne savent ni comment user ni comment jouir de cette liberté, qui ne comprennent ni les principes ni le mérite de la propriété? »

(S) Mémoires inédits de Lenet, 12 décembre 1652.

« d'en tirer quelque chose, il est impossible de gagner € personne qui ait pouvoir d'y servir. > Tout ce que la faction obtint avec beaucoup de mouvements, se réduisit à l'enrôlement de quelques Irlandais volontaires (1), ou au louage de quelques frégates prêtées par des marchands anglais (2). Cromwell lui-même, devenu le seul maître, après un échange de négociations avec Monsieur le Prince, laissa voir qu'il ne trouvait pas dans cette alliance l'intérêt de l'Angleterre. L'agent espagnol Vatteville avertit Condé que, quand même le Protecteur donnerait des promesses formelles, il ne ferait la guerre que mollement, parce que ce n'était pas son profit de faire succomber la France et de relever l'Espagne (3). Les Espagnols furent plus complaisants, plus larges ; ils achevèrent de se ruiner pour prolonger la guerre en faveur du traître qui s'offrait à les venger de ses propres victoires; mais ils lui apportèrent souvent des embarras qu'il n'avait pas prévus et qu'il n'était pas le maître d écarter. Leur caractère résistait à sa fougue, il n'avait plus à son service l'impétuosité des soldats français conforme à la sienne. Il n'était pas l'arbitre souverain des opérations militaires. Il fallait discuter avec les généraux espagnols, leur céder par moments, s'arrêter quand il eût voulu marcher, renoncer à une entreprise quand elle ne plaisait pas aux Lorrains. Turenne lui-même explique de cette manière certains événements, sans

(1J Mémoires de Lenel, juillet i652.

(2) /6id.,juin 4653.

(3) /^(c/., juin 1654.

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