‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 26 sur 151 · EMBARRAS DD GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

EMBARRAS DD GOUVERNEMENT

craindre de diminuer par cet aveu le mérite de sa supériorité. Ainsi par un échange mutuel d'influences, la guerre étrangère ranimait parfois en France les agitations intérieures, et ces agitations servaient à prolonger la guerre étrangère en retardant Faction du gouvernement.

Quoique le retour de Mazarin eût imposé silence à ses adversaires, il restait dans plus d*un esprit des espérances secrètes de lui disputer sa fortune et de reconstituer une opposition. On voyait Servien et Fouquet appelés en commun à la surintendance des finances, Le Tellier institué commandeur et trésorier du Saint-Esprit, Miossens, un des gardiens de Condé à Vincennes, décoré de la dignilé de maréchal de France. Ces récompenses, accordées aux hommes qui avaient partagé le sort du ministre, ne pouvaient qu'irriter ceux qui n'avaient pas encore réussi à se réconcilier avantageusement. Les embarras de la situation, bien qu'allégés par la fin des hostilités dans Paris, étaient encore considérables. N'y eût-il eu que la difficulté de trouver l'argent nécessaire, ce mal suffisait aux préoccupations du ministre, parce qu'il pouvait provoquer tous les autres. C'était même là que les ennemis de Mazarin l'attendaient. Ils s'en réjouissaient comme d'une vengeance inévitable ; ils en tiraient pour euxmêmes ces espérances exagérées par où l'opposition aime à s'étourdir et à se déguiser sa faiblesse. Deux jours après le retour du cardinal, 5 février 1653, un d'eux écrivait : « Si Dieu n'y met la main, on verra des désordres étranges, dont la nécessité, la rage et le

désespoir seront cause : point d'argent, point de rentes, point de paix; violence et manquement de parole, fierté, oppression des gens de bien, incertitude de l'avenir, voilà où Ton en est (1 ) . >

Ces espérances n'étaient pas sans foodement L'affaire des rentes fut la première inquiétude da cardinal. Les gabelles ne rendant pas tout ce qu'elles devaient, les rentes ne furent pas exactement payées ; les rentiers mécontents firent le bruit accoutumé. Les magistrats n'avaient pas non plus abdiqué définitivement leurs prétentions ; s'ils n'étaient plus en état ni en humeur d'entreprendre la guerre par les armes, leur fameux prétexte du service du roi était toujours prêt pour justifier leur intervention dans les questions de finances ou de personnes. La retraite de Mathieu Mole qui céda la première présidence à Pomponne- Bellièvre, afin de se donner tout entier à son rôle de garde des sceaux (avril 1 653), témoigne de la défiance qui animait encore la magistrature contre la Cour. Dans l'impuissance de concilier les intérêts de la cmtpagnie et les intérêts du conseil du roi, et pour éviter une grande contention^ il quitta le Parlement avec regret (2). Toute l'année se passa en tiraillen^nts. Réclamations contre les édits de finances, onéreux peutêtre, mais indispensables aux frais de la guerre; le roi dut aller au palais imposer la vérification par sa présence. Insultes aux PontoisienSy à ceux qui, à Tap-

(i) Mémoires inédits de Lenct : Lettre de Marigny à Lenct. (2) Mémoires d'Ooser Talon, continués par son fils Denis.

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