RETOUR DE MAZARIN
n'avait dît sa pensée tout entière ; la disgrâce, la ruine de Condé n'était pour elle que le moyen de faire revenir Mazarin. En dévoilant trop tôt ce projet, elle donna un autre cours aux événements qui se déclaraient contre Monsieur le Prince ; elle s'aliéna ses auxiliaires, dont aucun, même les plus compromis par leurs promesses, ne consentait à subir un maître. II n'y avait encore que le parti de Condé ; il y eut tout de suite le parti du coadjuteur qui entendait servir la reine sans accepter Mazarin ; le parti du Parlement de Paris qui, tout en condamnant le rebelle, proscrivit le favori ; le parti du duc d'Orléans qui, tout jaloux qu'il était du prince, redoutait encore plus le ministre. Du rapprochement ou des rivalités de ces factions, il va surgir une confusion plus inextricable peut-être que les précédentes, et, pour Condé, des ressources qui retarderont sa défaite. On n'en sortira que par la formation du parti des honnêtes gens, qui est toujours le dernier à se constituer, mais qui, par le nombre et le bon sens, dispersera tous les autres.
Dès le 2 octobre, Mazarin avait été rappelé secrètement, avec mission de lever des troupes que commanderait, sous lui , le maréchal d'Hocquincourt, A mesure que cette nouvelle transpira, se grossit, devint certaine, les esprits, d'abord inquiets, puis furieux, éclatèrent en démonstrations hostiles. Le Parlement àe Paris, en l'absence du premier président, renouvela ses arrêts ; le 29 décembre, ordre aux communes de courir sus à Mazarin, de vendre sa bibliothèque et tous ses meubles, et, pour que rien ne manquât à sa
condamnation, sa tôte mise au prix de 1 50,000 livres. Le 2 janvier (1652), les autres parlements furent in- ^^tés à prendre des mesures semblables, et trois conseillers délégués pour aller soulever les populations et disputer à l'envahisseur le passage des rivières. Le duc d'Orléans ne resta pas en arrière, et fît rappeler de l'armée royale les troupes qui lui appartenaient à lui-même, ses compagnies de gendarmes, de chevaulégers, ses régiments de cavalerie , pour les lancer à la rencontre du cardinal. Mais ces efforts furent inutiles. Mazarin, parti de Sedan avec des mercenaires allemands, licenciés par suite de la paix de Westphalie, dispersa sans peine ces opposants mal conduits et encore mal soutenus pas les populations. A Pont-sur- Yonne, un des délégués du Parlement fut pris; à Gien, les habitants refusèrent de recevoir les troupes d'Orléans ; le cardinal traversa la Loire sans difficulté, et le 28 janvier il rejoignait la cour à Poitiers. Son arrivée décida une nouvelle disgrâce de Châteauneuf, et le retour de Letellieret deServien (1).
Alors éclata une fureur dont la guerre de Paris n'avait donné qu'un avant-goût. Ce ne fut pas seulement la question de savoir si le conseil du roi avait le droit de casser un arrêt du Parlement, si le conseil n'était qu'un comité consultatif, tandis qus le Parlement, par les qualités mêmes de ses membres, représentait les trois ordres (2). Ces théories spéculatives furent bien
(4) Moiteville, Relz, mademoiselle de Monlpensier. (2) Véritables Maximes du gouvernement en réponse à an arrêt de cassation du Conseil du 18 janvier 1652.