LES ADVERSAIRES DE MAZARIN
vite étouffées sous les provocations au meurtre, qui pullulèrent dans mille publications, tantôt avec Temportement de la violence, tantôt avec le flegme homicide du raisonnement calme et froid. Un arrêt du Parlement avait mis à prix la tète du cardinal ; il s'organisa dans Paris une croisade pour la conservation du roi et pour la mort du ministre, qui ajoutait 100,000 livres à la somme promise par les magistrats. C'était en entendant chaque jour une des messes dites par les chapelains de la croisade, ou en récitant à la môme intention un Pater et un Ave^ qu'on se rendait digne de faire partie de Tentreprise (1), Un écrivain (Marigny), commentant l'arrêt de la cour, indiquait, comme moyen d'exécution, plus de cent manières difl'érentes de frapper Ja personne du proscrit, enseignait à l'attaquer sans qu'il piH se défier de l'intention, et proposait ces expédients à ses domestiques ou à quiconque approchait de lui. Un ton général de plaisanterie assaisonnait ces leçons et en couvrait l'odieux z"?). Mais bien plus atroces encore étaient les proclamations de ceux qui se vantaient de travailler pour Monsieur le Prince, et en particulier Dubosc-Montandré : « Vive •c Dieu, s'écriait-il dans la Franche Marguerite, vive € le roi, point de Mazarin ; main basse sur cette mau-
€ dite engeance, point de quartier, tue, tue, tue
€ Faisons carnage, disait-il dans le Point de Vovale, « sans respecter ni les grands ni les petits , ni les
(1) Règlements de la croisade, publias en janvier 1652, avec permission.
(2) Mémoires de Guy Joly.
« jeunes ni les vieux, ni les mâles ni les femelles, afin a que même il n'en reste pas un seul pour en con- « server le nom. Alarmons tous les quartiers, ten- « dons les chaînes, renouvelons les barricades, mett tons Tépée au vent , tuons, saccageons, brisons, € sacrifions à noire vengeance tout ce qui ne se croi- « sera pas pour marquer le parti de la liberté. Voyons € que les grands ne sont grands que parce (juc nous « les portons sur nos épaules: nous n'avons qu'à les sc- « couer pour en joncher la terre. > Ailleurs, et toujours pour servir Monsieur le Prince, et prouver qu'il fallait ôler la curatelle à la reine et la confier à Son Altesse Royale, aux princes et au Parlement, il s'atla([uait à la mère du roi dans cet horrible langage : « >!'accu- « sons pas la reine. Ses inclinations sont débauchées, € ses sentiments sont violentés, son imagination est « renversée, son esprit est troublé, ses sens sont tous
a effarés; enfin, elle est possédée par le Mazarin
« Je lui [)roleste que, quand bien même notre mau- « vais destin lui ferait trouver une porte pour entrer « dans Paris, il est encore trois cents braves qui s'en « iraient le lui poignarder entre ses bras, pour le sa- « crifier, dans le plus fort de ses feux, à la vengeance « pubUquc (1). »
En vain un dernier sentiment de pudeur protestait contre ces infamies, même chez les ennemis du cardinal. La Franche Marguerite et le Point de Vovale étaient condamnés par le Parlement, avec défense à
(4; Apocalypse de CfUat^ par Dubosc-Monlandré.