‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 32 sur 151 · COMMENCEMENTS DIFFICILES DE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DIFFICILES DE

la Flandre, laissant sur leurs frontières des garnisons beaucoup plus fortes que de coutume. Ils se tenaient prêts aux attaques qui sans doute se dirigeraient sur cette province au printemps suivant» non sans quelque espoir de profiter de 1 épuisement auquel était réduite Tarmée française. Rien n'annonçait les succès brillants et décisifs que la campagne suivante réservait à la France.

II. — Année 1G58. — Complots de Gondé et du cardinal de ReU. — Délibération de la diète de Francfort. — Bataille des Dunea. — Prise de Dankerque. — Élection de Tempercar Léopold. — Ligue du Rhin. — Victoires décisives de Turenne. — Armistice.

L'année 1 658 se présentait mal : la guerre sans fin fatiguait tout le monde ; les impôts devenaient insupportables; en même temps qu'ils dépassaient les forces ou la bonne volonté des contribuables, ils ne suffisaient pas à donner du pain aux soldats, à lever assez de troupes pour mettre un terme aux hostilités. De là, partout, de grandes incertitudes et de dangereuses agitations. Ceux qui avaient délaissé la Fronde comme un moyen trompeur de délivrance étaient bien près d'écouter toute proposition nouvelle qui offrirait plus de chances de succès. Ceux qui continuaient la faction saisissaient, dans cet état des esprits, une raison d'espérer encore, et se remuaient plus vivement pour emporter un triomphe si retardé.

Il y eut des assemblées de nobles en diverses provinces, surtout en Normandie; selon le témoignage de Turenne, l'importance de la duchesse de Longueville n'y était pas étrangère. Golbert écrivait à ce sujet à

lOi LA FRONDE ESPAGNOLE.

Mazarin : < Il faut apporter un remède solide pour empêcher la démangeaison que la noblesse a de s'assembler dans toutes les provinces. Les provinces de Normandie, Âunis et Poitou sont dans une fort mauvaise disposition (1). > C'était bien là un reste de' Fronde, et un dépit persévérant de n'avoir pu obtenir des États-Généraux en 1651 . Il y eut aussi des soulèvements du menu peuple, des sabotiers^ comme on les appelait, commandés par des gentilshommes qui protestaient contre la taille et faisaient main-basse sur les collecteurs; il fallut employer plusieurs régiments à les réprimer (2). Il y eut, au commencement de mars, la défection du major qui commandait dans Hesdin. Ce traître se rendit maître de la place par la connivence des officiers, s'entendit avec le maréchal d'Hocquincourt, toujours mécontent depuis son équipée de Péronne, et ferma la porte au gouverneur nommé par le roi. D'IIocquincourt , ensuite, quitta la France pour rejoindre à Bruxelles le prince de Condé.

Il s'organisa, àltruxelles, un complot bien combiné. Le cardinal de Retz y participa. Ce malheureux se retrouve partout, comme dit Bossuet, t dans l'histoire de nos malheurs. » Pourchassé de Franche-Comté, en Suisse, à Cologne, par les émissaires de Mazarin, quelquefois en danger d'être pris, il menait depuis deux ans la vie d'un bandit, se souillant de débauches avec les servantes d'hôtellerie, se battant avec son écuyer,

(4) Lettres do Colbert.

8) Tureane, Montglal, Guy Joly.

DIÈTE DE FRANCFORT. 10a

subsistant des subventions que lui servaient ses amis de France , entre autres les religieuses de Port- Royal (1 )• Il fut appelé à Bruxelles par Monsieur le Prince, qui lui exposa des plans où il devait avoir sa part d'action et de profit. Les nobles de Normandie préparaient un soulèvement; Créquy, Barnevillc et d'Annery, ancien ami de Retz, en étaient l'âme. Dès qu'ils auraient commencé, d'Ilocquincourt, avec 4,000 chevaux, se jetterait dans cette province-, l'armée d'ICspagne irait se poster sur la Somme, aux environs du Crotoy dont le gouverneur était gagné ; Monsieur le Prince marcherait sur Paris, menant avec lui le cardinal de Retz (2).

En opposition à cet accord de la guerre étrangère avec la guerre civile, Mazarin poursuivait, avec non moins de ténacité, l'œuvre de sa diplomatie en Allemagne. Il travaillait à ôter enfin la couronne impériale à la maison d'Autriche, à ravir aux Espagnols le secours des Allemands. Mais ni ses négociations ni son argent n'avaient encore convaincu personne, ni déterminé un résultat capable de décourager ses ennemis ou de lui rendre confiance à lui-même.

Après la mort de l'empereur Ferdinand III (1657), une diète s'était réunie à Francfort pour procéder à son remplacement. La France avait expédié deux ambas-

(1) Ce n'est pas nous encore qui le faisons dire à Racine, le candide historien des vertus el des actes de Port-Royal. Voir au chapitre suivant les détails.

(2J Guy Joly. Voir les lettres de Tambassadeur DcThou à Mazarin, dans le Supplément des Mémoires de Retz.

sadeurs à cette assemblée, le maréchal de Grammont et Lyonne. Elle se proposait, dans cette réunion des princes allemands, de fortifier les alliances qu'elle avait acquises par la paix de Westphalie, et d'écarter enfin la maison d'Autriche du trône impérial ; pour cela, elle devait favoriser l'élection du duc de Bavière, et, à son défaut, celle du comte palatin de Ncubourg. L'arrièrepensée, c'est-à-dire l'objet principal, était de faire naître aux Allemands, si la chose était possible, l'envie de déférer la couronne au roi de France (1). Déjà il circulait un livre, dont l'auteur évidemment n'avait pas tiré de lui-même toutes ses inspirations, où cette proposition était faite ouvertement. Le jeune roi y était présenté comme le candidat le plus digne à tous les titres ; on y vantait sa taille et sa beauté, sa santé capable de tous les exercices du corps, sa capacité en toutes choses et sa modération , son empressement à recevoir les conseils, et jusqu'à sa discrétion dans l'usage des plaisirs (2). Mais il était peu vraisemblable que les Allemands consentissent à placer à leur tète un étranger en état de devenir un maître; il était douteux que le duc de Bavière acceptât un honneur trop onéreux, et plus encore que le Palatin de Ncubourg réunit le nombre de voix nécessaire (3).

Pour réussir, Mazarin n'avait reculé devant aucune dépense. Il fallait aux Allemands, princes et peuple, pour les bien disposer, des bombances, des fes-

{\ ) Hémoires de Brienne.

(%) Voyage de deux Hollandais, 7 septembre 4 657.

(3) Mémoires de Brienne.

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