BATAILLE DES DUNES
vers les dunes avec l'intention de serrer Tennemi de près, et d'établir un campement pour se donner le loisir de prendre à propos le temps d'une bataille. Ils ne savaient pas qu'en offrant à Turenne l'occasion d'une victoire sur leurs meilleures forces, ils allaient le délivrer de la plus grande inquiétude qui pesât sur les opérations du siège.
Le premier qui parut à la tête de coureurs était le maréchal d'IIocquincourt ; il fut tué d'un coup de mousquet parti d'une escouade de travailleurs (12 juin). Malgré ce présage défavorable, le reste de l'armée espagnole arriva le lendemain; Turenne les vit préparer leur campement. Sans plus tarder il prit la résolution de les combattre, rappela à lui les Anglais postés entre Mardick et Dunkerque^ avec ordre de marcher toute la nuit, renforça la garde des tranchées pour continuer Tattaque sur la ville pendant la bataille, et prévenir une diversion de la garnison au dehors ; puis il se tint prêt à fondre sur l'armée de Tarchiduc dès le point du jour (I). Les Espagnols affectaient une confiance extrême ; leur artillerie n'était pas encore arrivée, non plus que les outils pour remuer la terre ; ils campaient sans ligne, c sans la moindre diose qui les couvrit, » à deux portées de canon des Français; ils étaient si tranquilles qu'ils ne défendirent même pas d'aller au fourrage. Le duc d'York leur réprésentant que, s'ils n'étaient pas attaqués dans la nuit, ils le seraient infailliblement le lendemain matin, c c*est
[1] Mémoires de Turenne.
ce que nous demandons, > répondirent Garacène et Gamare. — « Eh bien , répliqua le duc d'York, je connais assez M. de Turenne pour vous promettre que vous aurez satisfaction. > Cette impéritie persista contre les meilleurs avis. Au point du jour, Turenne sortit de ses lignes avec ses gardes françaises et suisses, ses régiments, et les Anglais reconnaissablcs à leurs habits rouges. On vint dire à Tarchiduc don Juan qu'une grande bataille était imminente ; mais il prétendit que les Français n'en voulaient qu'à une grand'garde. Le prince de Condé lui répéta les mêmes conseils ; il n'en tint compte. « Avez- vous jamais assisté à une bataille, dit alors Condé au jeune duc de Glocester ; dans une demi-heure vous verrez comment nous en perdrons une (I). » L'effet de la prédiction ne se fit pas attendre. Malgré quelques bonnes mesures prises à la bâte par Condé, Tarmée d'Espagne, d'ailleurs sans canons, commença de fléchir après que les Anglais eurent occupé une dune avancée de cent pas sur les autres. Ensuite les Français, s'étant jetés entre les deux lignes de l'ennemi, y portèrent une confusion irréparable. « Il y eut un temps où les choses furent un peu en balance (2). > La cavalerie française, poussant trop en avant, fut ramenée tout à coup par Monsieur le Prince ; mais ce succès ne dura pas ; un feu bien nourri des gardes, des suisses, du régiment de Montgomery, refoula définitivement la cavalerie espagnole. Condé eut son
{\) Mémoires du duc d'York.
(S) Mémoires de Turenne.
BATAILLE DES DUNES. 1i:>
cheval blessé, et en prit diligemment un autre. Il eut grand*peine à se sauver, laissant aux mains du vainqueur ses lieutenants Boutteville et Goligny. c Alors c toute l'armée d*Espagne se mit en désordre sans se c rallier, et Tarméc de France les suivit un quart V d'heure en fort bon ordre. Une partie de leur in- «( fanterie se sauva par la main gauche dans les marais; c tout le reste fut pris. 11 y eut bien entre trois et c quatre mille prisonniers de Tennemi, et mille au
< plus tués ou blessés*. De l'armée du roi, il y eut c quelques officiers et cavaliers de tués des escadrons c de la droite et de la gauche des deux ailes, quel-
< ques officiers et soldats de l'infanterie anglaise, et c peu du reste de Tinfanterie (l).ii Telle fut la bataille des Dunes, la dernière des grandes rencontres entre les belligérants et les héros de la guerre de Trente Ans continuée (14 juin 1653).
La cour de France célébra avec enthousiasme la victoire des Dunes. Une circulaire du roi Tannonça à tout le royaume ; Téloge de Turenne y était tracé avec toute Ténergie de Tadmiration et de la reconnaissance : c Notre c dit cousin, le maréchal de Turenne, en pourvoyant c et se trouvant présent à tout, a donné une infinité c de marques de sa grande conduite ainsi que de son c expérience consommée, de son insigne valeur, et de c son zèle entier pour notre service et pour la gran- « deur de cet État. > Et il est vrai que le triomphe dû au coup d'oeil et à l'activité de Turenne était le
;i) Mémoires de Turenno. /
salut du roi, de Mazarin, de la France. Dn nouvel ordre de choses apparaît immédiatement ; les inquiétudes, qui pesaient sur le commencement de l'année, se changent en espérances, les incertitudes en réalités, les hostilités, désormais heureuses, en conditions de paix.
Après la mort du maréchal d'Hocquincourt et la dispersion de ses complices, on n'avait plus à craindre de soulèvement sérieux à l'intérieur (1). Après la déroule des Espagnols, l'armée de Flandre reprenait une supériorité irrésistible. Turennc n'avait pas poursuivi les vaincus, parce qu'il importait avant tout de continuer le siège de Dunkerque; malgré la valeur de la garnison et l'étendue des moyens de défense, les assiégés, après la mort du gouverneur, capitulèrent le J!f) juin. II fallut remettre et laisser la place aux Anglais, conformément au traité; mais on s'en dédommagea par de nombreuses acquisitions dans le voisinage. Le 2 juillet, Turenne occupa Bergues, dont la garnison se constitua prisonnière de guerre ; le 3, il reçut la soumission de Furnes ; de là, par une marche prompte qui ne laissait aux Espagnols le temps de s'arrêter ni de se fortifier dans aucun poste, il les repoussa de la Knocque, où ils essayaient de construire une redoute, et parut devant Dixmude. Monsieur le Prince, l'ayant aperçu, et jugeant, par l'état de la place, qu'il était impossible de la défendre, n'y laissa que quatre cents hommes avec le conseil de ca-
(I) Guy Joly: le duc d'York.