‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 39 sur 151 · LES CINQ PROPOSITIONS · texte numérisé non relu

LES CINQ PROPOSITIONS

grâce intérieure prévenante pour toutes les bonnes œuvres, môme pour le commencement de la foi, et ils étaient hérétiques en ce qu'ils voulaient que celte grâce fût telle que la volonté humaine pût lui résister ou lui obéir.

•V C'est parler en semi-pélagien de dire que Jésus- Christ est mort ou qu'il a répandu son sang pour tous les hommes, sans en excepter un seul.

Ces propositions étaient le précis exact de toute la doctrine de Jansénius. L^Vugustinus, comme l'a souvent répété Bossuet, n'insinuait et ne prouvait autre chose que les cinq propositions. Sans doute elles n'étaient pas, à l'exception de la première, littéralement formulées dans le texte de l'auteur, comme dans l'acte des commissaires de la Sorbonne ; mais elles étaient la conclusion logique, inévitable, irrécusable, de tous les développements, de toutes les tournures que l'auteur donnait à ses pensées ; en deux mots, tout le livre, rame du livre, pour parler encore comme Bossuet (1).

L'hérésie nettement reconnue et signalée, il n'y avait plus qu'à la condamner pour imposer silence à ses partisans, pour prévenir de nouvelles adhésions de la part de ceux qui voulaient rester soumis à l'Église. Cet honneur fut disputé et ravi à la faculté de Paris par plusieurs docteurs jansénistes, qui en appelèrent comme d^abus devant le Parlement. Ils prétendaient que Tentreprise du syndic et des commissaires était contraire

(I) Bossuet, Oraison funèbre de Nicolas Corncl ; i'inn^ LcUrc au maréchal de Bellefonds, 30 septembre 4677.

aux statuts de la faculté. Leur requête, présentée par Broussel(l), énergiquemenl repoussée par Mathieu Mole, aboutit cependant à un arrêt qui ordonnait aux deux parties de se taire, jusqu'à ce que la cour eût permis la censure ou la dispute. Mais le syndic et ses amis avaient déjà fait le dessein de porter les propositions à Rome ; ils travaillèrent à en remettre Texéculion aux évôcjues de France. Vincent de Paul leur vint en aide avec une activité que ni Tàge ni les travaux n'avaient pu aflaiblir, avec une vigueur de bon sens bien plus éloquente que le grand style. D'abord rassemblée du clergé réunissant à Paris, en 1650, un certain nombre d'évécjues, on arrêta avec eux une lettre circulaire qui serait proposée à la signature de leurs collègues, pour être adressée au souverain pontife. On entreprit ensuite d'obtenir individuellement les autres adhésions. Il fallut un assez long temps pour écrire à chacun, pour recevoir chaque réponse ; ces négociations durèrent plus d'une année. Vincent de Paul ne s'épargna pas. Il écrivait de tous côtés, ici pour solliciter l'adhésion, là pour réveiller les retardataires ; ailleurs pour réfuter des motifs d'abstention que sa sincérité ou sa conviction ne pouvait admettre. C'est une belle époque de sa vie, qui mérite assurément une page dans l'histoire de l'Église.

Au début, ce n'est, comme il convient, qu'une lettre d'envoi, exposant toutefois les raisons qui animent les

(1) Celle inicrvcnlion de Brousscl est aiieslée parles jansénislc^ oux-mômes. Journal de Saiiil-Amour.

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