‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 43 sur 151 · LES PROPOSITIONS DÉFÉRÉES A ROME · texte numérisé non relu

LES PROPOSITIONS DÉFÉRÉES A ROME

sible dans tous les centres où le jansénisme a le plus exercé son action , comme à Paris, et dans les familles jansénistes elles-mêmes où l'exagération des pères a engendré l'indifférence des fils.

Grâce au zèle de Vincent de Paul et du P. Dincl, jésuite, les évéques de France se mirent d'accord , à une majorité écrasante, sur la résolution proposée. Quatre-vingt-dix adressèrent au pape la lettre circulaire prép|irée par les adhérents de Nicolas Cornet. Cette lettre représentait au Saint-Père la gravité des troubles excités par le livre de Jansénius, l'insuflisance de la condamnation déjà prononcée par Urbain VllI, parce que ce jugement ne tombait sur aucune propo-

sition en particulier. Elle soumettait au Saint-Siège les (^înq propositions formulées par la Sorbonne, en promettant, de la part des signataires et des fidèles en général, la même docilité à la décision du Souverain Pontife que dans l'affaire du livre des Deux Chefs. Ainsi la question se posait nettement et nominativement contre la doctrine de Jansénius. La Reine se joignit à la démarche des évèqucs; l'ambassadeur français à Rome eut ordre de solliciter du pape un jugement définitif. Lorsque le frondeur Broussel appuy<iit les jansénistes auprès du Parlement, la Reine ne faisait qu'user de représailles légitimes en appuyant leurs adversaires auprès du pape (lUoI).

Les jansénistes essayèrent d'une contre-marche qui trahissait leur impuissance et leur embarras. Ils avaient réussi à retenir de leur côté onze évéques, parmi lesquels Ârnauld d'Angers, frère du docteur.

Caulot do Pamieis, Pavillon d'Alelh, Gondrin, archevêque de Sens. Ces on/e écrivirent à leur tour au Pape, mais pour décliner son jugement; ils demandaient, ou que la discussion durât encore librement comme cela avait été toléré depuis plusieurs siècles, ou que le Pape fle prononçât pas avant que les évùques, en concile, eussent longuement examiné toutes les questions de personnes ou de choses relatives au procès. Vn autre prélat accordait en même temps au parti une sorte de justification indirecte, il est vrai, dont ils atïcclèrent de triompher. A propos d'un livre du jésuite Brisacier, le Jansénisme confondu y où l'auteur avait eu le tort d'attaquer personnellement les religieuses de Port- Royal, Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, lança un mandement qui , passant habilement à côté de la question de doctrine, réclamait pour l'honneur des religieuses incriminées, contre plusieurs mensonges et impostures {i\) décembre 1651). C'était un échec pour les jésuites qu'on accuse toujours d'une habileté consommée, et (|ui se comportent parfois comme les plus grands maladroits du monde. Mais la lettre des onze faisait voir que le parti ne cherchait qu'à gagner du temps, refuge ordinaire des causes embarrassées d'elles-mêmes. Le mandement du coadjuteur, en rec- -tiiiant des faits imputés à quelques religieuses, ne prouvait rien contre la réalité et le danger des cinq propositions.

Le jugement sollicité du pape fut préparé avec tout le soin nécessaire pour prévenir toute plainte de précipitation ou de partialité. Le procès dura deux ans.

EXAMEN DES CINQ PROPOSITIONS. Ut

non par effet d'une lenteur insouciante, mais par la multiplicité des travaux, des mesures de précaution que le souverain pontife crut devoir s'imposer pour mettre la vérité dans son éclat. Ceux qui ont l'habitude d'accuser de lenteur la cour de Rome pourraient apprendre, par les détails qui vont suivre, qu'il ne faut pas accepter sans examen les opinions toutes faites à Tusage des têtes légères ou prévenues. A peine saisi des cinq propositions, le pape écrivit, par la voie de ses nonces, aux universités d'Allemagne, d'Espagne, de Flandre, de Paris, pour avoir leur sentiment sur la doctrine incriminée. Dès le 12 avril IG51, il nommait une congrégation spéciale de cinq cardinaux pour procéder aux informations. Celte congrégation passa plus d'un an à revoir les débats antérieurs sur la question de la grâce, à relire le procès de Baïus, à comparer sa doctrine avec celle de 1 evêque d'Ypres, à prendre connaissance des censures portées par les universités •,. et ce ne fut qu'après avoir ainsi jeté les fondements de la procédure, qu'elle crut devoir aborder les cinq propositions en elles-mêmes. Alors elle se renforça de treize consulteurs choisis dans les théologiens les plus habiles, où un seul jésuite figurait à côté de dominicains, augustins, cordeliers, théatins, servites et prêtres réguliers. Il était venu à Rome trois députés jansénistes pour défendre leur maître, et trois catholiques pour le combattre. La congrégation leur demanda aux uns et aux autres leurs mémoires écrits, et, après que les catholiques eurent satisfait à cette demande, les jansénistes se faisant attendre plus de deux mois,

Ii2 LE JANSÉNISME PENDANT LES FRONDES.

on subit ce délai pour supprimer tout prétexte de réclamation. L'oxartien des propositions commença enfin lo2V septembre 1653; il dura jusqu'au 20 janvier suivant. Dans cet intervalle de temps, il se tint quatorze sessions; cliaque proposition fut débattue avec une entière liberté de suffrages pour quelques opposants qui se trou> aient en minorité parmi les consul teurs. Ce premier travail fini, les députés des deux parties furent invités à venir, devant la congrégalîon, développer de vive voix les arguments qu'ils avaient donnés par écrit. Les jansénistes refusèrent; ils auraient voulu, disaient-ils, un colloque contre leurs adversaires ; ils avaient été envoyés, non pour exposer simplement leur doctrine, mais pour disputer. Les catholiques se rendirent à l'appel des cardinaux, et l'impression de leurs discours fut assez profonde pour qu'on pût croire les informations terminées. Néanmoins la congrégation, reprenant ses séances secrètes, consacra tout le mois de février à réviser les suffrages pour y ajouter ou retrancher ce qu'on jugerait à propos, et préparer, avec plus de sûreté, les élénfients de la décision pontificale.

La tache de la congrégation accomplie, celle du pape commença. Innocent X, malgré ses quatre-vingt et un ans, avait suivi, avec une vigueur de volonté infatigable, ces débats arides et compliqués. Il s'était fait remettre, par écrit, tous les avis énoncés dans la congrégation, comme les différents mémoires des parties. H voulut les reviser à. son tour, et, .afin de ne laisser à personne le prétexte de se plaindre de n'avoir

Page 1