CONSËOUENCES INEVITABLES DU JANSÉNISME
grâce est refusée à plusieurs, fait le désespoir. A quoi bon en effet espérer en Dieu et en sa miséricorde, si son jugement prononcé d'avance demeurait inflexible! Pourquoi lui rendre un hommage et un service inutiles? N'était-il pas plus raisonnable de se dédommager par avance d'une éternité malheureuse, en jouissant des séductions de la vie présente; ce serait toujours autant de gagné sur les rigueurs d'un maître sans pitié. Ainsi le désespoir engendrait la licence : fruitur Dis iratis. Mais l'espérance, par un raisonnement contraire, arrivait à une conclusion non moins funeste. Si telle était la gratuité de la grâce qu'elle ne demandât rien au concours de l'homme, telle la libéralité de la prédestination qu'elle ne gardât aucun ressentiment des offenses, et sauvât le pécheur à son gré sans qu'il eût acquis aucun titre à son efficacité, à quoi bon s'embarrasser, avant l'heure, de commandements pénibles, et s'imposer des devoirs contraires aux entraînements de la nature corrompue? II suffirait toujours de les pratiquer quand la grâce irrésistible viendrait y contraindre la volonté. Ainsi de la foi au salut, comme de la certitude de la damnation, naissait Toubli des enseignements de l'Évangile et l'omission des devoirs du chrétien.
D'autre part, cette abstention des sacrements que le jansénisme conseillait par une conséquence nécessaire de l'inutilité des œuvres, et cette morale austère qu'il y joignait par une contradiction flagrante, mais comme un hommage à la justice et à la rigueur divine, ces deux caractères les plus connus de la secte, allaient
tout droit à la ruine dr la religion. Par le premier, comme Vincent de Paul l'avait dt\jà dénoncé, les chrétiens, abandonnant la pratique des sacrements, perdaient le seul auxiliaire victoi'ieux de la bonne volonté, la vraie garantie de la vertu, et celui qui n'accomplit plus les préceptes a bientôt intérêt h contester les dogmes. Par l'autre, on demandant trop, les novateurs risquaient de faire prendre en dégoût le nécesstiive, comme il arrive à tous les zèles excessifs qui s'épuisent promptement par le superllu, ou aux natures molles qui tremblent déjà devant les devoirs indispensables. « Certains docteurs, a dit Bossuet en parlant te des jansénistes , ont tenu les consciences captives <r sous d(*s rigueurs ti'ès-injustes..., ils trouvent parif tout des crimes nouveaux, et accablent la faibless*^ < humaine en ajoutant au joug que Dieu nous imtf pose. Qui ne voit que cette rigueur enfle la prcsomp- V fion, nourrit le dédain, entretient un chagrin su- « perbe, et un esprit de fastueuse singularité, fait « paraître la vertu trop pesante, TÉvangile excessif, « le Christianisme impossible (I)? » Oui impossible, et tel a été le grief d'un grand nombre d'esprits qui, ne démêlant pas l'excès de la règle raisonnable, ou les confondant à dessein pour excuser, par l'insuffisance de leurs forces, l'omission du devoir possible, se sont abstenus de tout christianisme. On les voulait plus chrétiens que Jésus-Christ; ils sont devenus moins croyants que les juifs ou les philosophes. Cela est sen-
(<j Oraison funèbre de Nicolas Cornet.