CONDAMNATION DES CINQ PROPOSITIONS
au moment même une difficulté personnelle avec Innocent X, qui eût été bien capable d'indisposer le pontife. Le pape réclamait en vain la liberté du cardinal de Retz, et le refus constant qu'on lui opposait ranimait son antipathie contre Mazarin ; ce n'était donc pas pour plaire au ministre qu'il avait condamné Jansénius. Aussi la bulle reçut des adhésions si nombreuses et si considérables, que les jansénistes durent quelque temps garder le silence. L'assemblée du clergé, sous la présidence de Mazarin, accepta la décision pontiflicale, et écrivit aux évêques absents pour la leur transmettre ; ceux-ci la publièrent sans hésitation, à l'exception de quatre, qui essayèrent d'en dénaturer le sens par leurs mandements. La Sorbonne, sur l'invitation du roi, l'enregistra, quoique ce ne fût pas la coutume de la Faculté d'enregistrer les bulles des papes, et défense fut faite aux docteurs et bacheliers de soutenir ou d'enseigner la doctrine qui venait d'être condamnée (I" août). Le roi fit remercier le pape d'avoir rendu le repos aux consciences. Le pape, heureux de cet accord, répétait que « les Français étaient la fleur < des catholiques, et véritablement édifiants par leur € obéissance envers le saint-siége (I ). >
Les chefs jansénistes eux-mêmes, soit par l'effet du premier mouvement, qui est ordinairement bon, soit pour mieux couvrir ou préparer leurs desseins ultérieurs , se montraient disposés à la soumission. € M. Singlin, patriarche du parti, avec M. Ârnault,
(4) Dépêche de Tambassadeur, 28 juillet 4653.
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liG LE JANSÉNISME PENDANT LES FRONDES.
€ écrivait Vincent de Paul , déclare qu'il faut obéir; € M. Duhamel, curé de Saint-Merry, l'un des arcs-bou- € tants de celte nouvelle doctrine, s'est olTert de pu- « blier lui-niùmc la bulle dans son église; M. etma- € dame de Liancourt disent qu'ils ne sont plus ce qu'ils « étaient (I). > Il est vrai que le saint prêtre, aussi charitable pour les personnes qu'inflexible contre l'erreur, avait conseillé et mis en pratique un système de modération qui aurait pu avoir une grande efficacité pour la réconciliation du parti vaincu. Il disait aux adversaires du jansénisme, aussitôt après la publication de la bulle, qu'il fallait se contenir dans les témoignages publics de leur joie, et ne rien avancer, en leurs sermons ni en leurs entretiens et conversations, qui pût tourner à la confusion de ceux qui avaient soutenu Jansénius, de peur de les aigrir davantage au lieu de les gagner. Il trouvait plus expédient de les prévenir d'honneur et d'amilié dans cette conjoncture humiliante pour eux, et néanmoins capable de les aider à revenir, quand ils se verraient traités avec respect et charité (2). Lui-même il alla à Port-Royal visiter les solitaires et les féliciter de la soumission qu'on attendait d'eux, multipliant, dans des conversations prolongées, les témoignages d'estime et d'afTection, Il traita de même d'autres personnes de condition, fort notables dans le parti, qui promirent aussi toute obéissance au siège apostolique en ce qui concernait
(4) LcUre de Vincent de Paul à Alain de Solminihac, évêque de Cahors.
(2) Abelly, Vie de saint Vincent de Paul, liv. H, ch. xil.