‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 46 sur 151 · CONDAMNATION DES CINQ PROPOSITIONS. U · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DES CINQ PROPOSITIONS. U

la doctrine condamnée. Malheureusement ce sage exemple ne fut pas imité partout. Avant la (in de l'année, VAlmanach de la déroute des jansénistes y les Enluminures d^ VAlmanach, par Saci, V Étrille du Pégase janséniste^ par le P. Lemoyne, ranimaient le goût des disputes, et dénonçaient les dispositions des partis (1).

II. — L«8 soliuires de Port-Royal. — Les petites écoles. — Rigorisme de Péducation. — Système d'études.— Importance doDoée à la langue française. —Méthodes pour étudier les langues anciennes. — Grande réputation de ces écoles.

L'existence des maisons de Port-Royal avait été troublée par la Fronde des princes. Cette seconde guerre

(1) VAlfnanach de la déroute des jansénistes éinh un dessin en têic de ralmanach de 4654, conçu par Adrien Gambart, confesseur de la Visilalion du quarlier Saint- Jacques, el gravé par Ganiôre, sur Je refus de Boudan, graveur ordinaire des jésuites. D'un côlé le pape, environné de cardinaux et de prélats^ la tiare en tôte et avec ses habits pontificaux, lançait la foudre de sa censure sur une hydre à cinq tètes, qui marquait les cinq propositions. Le roi Louis XIV était vis-à-vis , s^élevant de son trône; Tesprit du zèle divin l'animait, et la Justice lui présentait son épéc. L'évéque d'Ypres était au bas, avec des ailes de chauve-souris, qui s'enfuyait, et était dans sa fuite bien reçu par Calvin et par les autres hérésiarques du siècle passé. L'Erreur, Tlgnorance, la Tromperie et quelques autres espèces de monstres^ étaient terrassées par la foudre lancée des mains du pape.

LesEtiluminures étaient un petit poëme en vers burlesques par où les jansénistes voulurent répondre à la pensée exprimée par Talmanach. Ces vers étaient de Saci, qui ne rougit pas, dit M. Sainte-Beuve, de souiller ses doigts chastes à celte poésie digne uniquement de dégoût.

VÊlrUle du Pégase janséniste était la réponse aux Enluminures, satire fort envenimée, cachée sous une fable, où Ton trouvait plus de poésie que dans Tœuvre janséniste.

c II faut avouer, dit le P. Rapin, que dans les Enluminures^ aussi bien que dans VÊtrilte du Pégase janséfustey il y avait peu de vestiges de cette charité qui est le caractère essentiel du chrétien, et que ce n*est pas par bes voies-là qu'on publie l'Éfangile ni qu'on le défend. »

de Paris, non moins fatale que la première aux campagnes voisines, avait obligé les religieuses des Champs à rentrer dans la ville pour échapper aux violences de la soldatesque. Les solitaires, demeurés au dehors, avaient dû pourvoir par eux-mêmes à leur sûreté. Ils montaient la garde, et, quand il le fallait, ils ne reculaient pas devant la nécessité de se battre (i). Le duc de Luynes leur donna ensuite un abri plus solide derrière les murs et les tours de son château de Yaumurier devenu une citadelle. Quant aux petites écoles du cul-de-sac d'Enfer, elles avaient été dispersées en 1650. La fin de la guerre civile permit de reprendre Tancien genre de vie (1653). Le duc de Luynes ayant par de nouvelles libéralités agrandi Port-Royal des Champs et bâti un dortoir pour les religieuses (2), toutes celles qui regrettaient le désert, la mère Angélique en tète, retournèrent au cloître dont la force seule avait pu les séparer. Port-Royal de Paris n en resta pas moins une maison florissante par le nombre des sœurs, et par la présence des pensionnaires illustres

(4) On raconie rbistoirc suivanle de La Pétilière, le plus vaillant des solitaires, qui avait pris le métier de cordonnier. C*étail lui aussi qai menait au moulin Tâne du monastère. Un jour son âne et sa farine furent pris par trois soldats. A son retour, on lui demanda pourquoi il s^élail laissé dévaliser de la sorte. « Est-il permis à un chrétien de « se défendre dans noire morale? dit-il. — Pourquoi non ?» lui répondit-on. Aussitôt il prend un bâton, court après les soldats qui Pavaient volé, les désarme, et les amène pieds et poings liés â Pon- Royal, où, les ayant conduits à Téglise pour faire amende honorable devant le saint sacrement, il leur fit une réprimande chréiienne et les renvoya avec une aumône. Rapin, 1. 1, p. 273.

(2) Racine, Histoire de Port-Royal.

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