LES DROITS DU CARDINAL DE RETZ
c étaient traités d'illustres (1). » Mademoiselle de Scudery resta une amie du parti ; on lui avait déjà payé ses louanges par avance dans les Provinciales; c'est elle, selon Racine, que l'auteur entend quand il parle d'une personne qu'il admire sans la connaître.
Au milieu de tant d'importance, il n'était pas facile aux jansénistes d'accepter simplement leur condamnation. Pouvaient-ils se soumettre sans déclieoir, avouer qu'ils s'étaient trompés sans perdre quelque chose de leur crédit? Ils avaient contre eux le pape et le roi ; ils se résolurent à cette double lutte qui devint un des embarras permanents du règne de Louis XIV.
ni. — Alliance des jansénistes avec le cardinal de Kelz. — Question de la juridiction ecclésinsliquo. — Piècos rédigées à Porl-Royal en faveur de Retz.— Le curé Chassebras. — L'évéquc Vialart. — Subventions fournies d Kciz par les janséniales.
Contre le roi, les jansénistes affectèrent de défendre les droits et les immunités de l'Ëglise, en quoi ils paraissaient défendre le pape lui-même; ils commencèrent par la cause du cardinal de Retz ; plus tard ils reprendront cette tactique dans l'affaire de la Régale. Contre le pape, ils multiplièrent les contestations sur le sens de sa bulle, afin de tenir les esprits en échec et faire croire qu'ils n'étaient pas condamnés euxmêmes; ils déplacèrent la querelle en passant de la foi
;4) Racine : Lettre à rauteur des Hérésies imaginaires. Cette lettre est une révolte passagère de Tenfant terrible, qui, fatigué de ses malires, leur dit une fois la vérité en style aussi vif, aussi mordant que celai des Provinciales.
à la morale, pour mettre à leur tour leurs adversaires en accusation et les faire condamner par le sentiment public.
Le cardinal de Retz était-il donc janséniste? Il n'était pas plus janséniste que chrétien, comme il n*était pas plus ami du droit ou de la liberté qu*honnète homme. Affamé de pouvoir, d'indépendance et de débauches, il courait après toutes les entreprises, après toutes les alliances qui lui parjiissaient capables de le rassasier. Quand Innocent X pensa définitivement à le faire cardinal, il ordonna des perquisitions en France pour connaître la croyance du coadjuteur touchant les doctrines nouvelles. Une personne de considération répondit : < Le coadjuteur a étudié, disputé, écrit et 4 prêché la doctrine contraire à Jansénius ; maïs pour
< la bourse des jansénistes, je ne voudrais pas répon-
< dre qu'il ne s'y attachât (I). » La bourse des jansénistes et leur esprit d'opposition , deux garanties de succès , voilà les motifs réels de sa connivence avec eux. De leur côté, les se'ctaires ne se fiaient pas à son adhésion, mais ils craignaient peu son zèle dans le sens contraire, et surtout ils trouvaient, à le soutenir, l'avantage d'inquiéter, peut-être de renverser Mazarin, le favori de la reine. Cela explique de leur part tant d'acharnement à réclamer sa délivrance ou sou rappel.
La déclaration de cette alliance s'était faite aussitôt
(1) Lellre de Lyonnc à Brienne, 48 octobre 4655, dans le Complément des Mémoires du cardinal de Retz.