DERNIÈRES PROVINCIALES
les Thomistes dont il s'était moqué (I). Mais qu'importait la contradiction à un an de distance? Sur la question de fait, il osait, en présence des deux bulles si explicites, avancer que le pape actuel t n'avait pas fait € examiner ce point depuis son pontificat, et que son « prédécesseur Innocent X avait fait seulement exa- « miner si les propositions étaient hérétiques, et non € pas si elles étaient de Jansénius(3) : » outrecuidance si flagrante que les amis de Port-Royal eux-mêmes lui appliquentle nom d'insigne mensonge infligé par Alexandre VII aune pareille assertion (3). Mais qu'importait le mensonge ((uand on savait bien que le public, qui ne lit pas les réponses, le tiendrait pour vérité?
Un autre solitaire, LemaUre aîné, reprenait pour combattre la bulle, son ancien métier et son nom d'avocat. Il lança (l*** juin 1657) une lettre anonyme (4) pour faire appel à l'intérêt privé, non-seulement des ecclésiasliques, mais encore dos laïques, aux partisans des libertés gallicanes, à la dignité des évoques, aux prétentions du Parlement, tous menacés par la signature du formulaire ou par l'enregistrement de la bulle. Le formulaire, à l'entendre, est tout simplement une nouvelle inquisition qui va assujettir et brider la France comme les autres peuples. Exiger la signature sous les peines portées contre les hérétiques, c'est dépouiller
(Il Dix-lmiliômc Provinciale.
(2) Idem,
(3) Sainte- Bcuvc : Port-Royal^ l. IIl, p. 16.
(4) Les familiers de PorlRoyal ailribuenlà Lemaistre celle Lettre d'un avocat au Parlement de Paris à un de ses amis, touchant l'inquisition qu'on veut établir en France.
de leurs bénéfices tous ceux qui croiront en conscience ne pas devoir signer; or, combien de pères verront leurs fils perdre les bénéfices qu'ils ont eu tant de peine à leur procurer ! L'inquisition une fois en train, croîtra en peu de temps : les particuliers même n'y échapperont pas; sur une dénonciation, un soupçon, un discours un peu libre touchant les bulles nouvelles, leurs biens seront mis en compromis. Et que peuvent penser les évèques d'une bulle qui les rabaisse, en les appelant non pas frères, non pas fils, mais mineurs^ car le pape, parlant de lui-même quand il n'était que cardinal et évoque, dit qu'il était alors in minoribus? De quel droit le pape imposc-t-il ses décisions personnelles, une bulle qu'il a faite tout seul, sans le concours de cardinaux, un de ces motu proprio qu'on ne reçoit pas en France où l'on ne veut pas d'infaillibilité parce qu'on ne veut pas d'esclavage. Le roi lui-même soulfrira-t-il qu'on inflige les peines indiquées par la bulle? Apparlienl-il au pape de menacer de peines les sujets du roi? C'est au Parlement d'en juger, comme c'est à lui d'empêcher que, par l'enregistrement, tant de prétentions extravagantes deviennent lois de TÉtat. C'est même au Parlement de prononcer définitivement sur la bulle, car elle ne porte que sur un point de fait, et les parlements sont les juges légitimes et naturels des questions de fait qui se rencontrent dans les matières ecclésiastiques. On aura donc le plaisir de le voir examiner régulièrement, en pleine assemblée des chambres, si les propositions sont dans le livre de Jansénius ; on verra le jugement du pape exposé au jugement du Par-