ENREGISTREMENT DE LA BULLE
lement. Cet espoir est la meilleure sûreté contre rétablissement d'une chose aussi honteuse et aussi insupportable que rinquisition.
Ces oppositions ranimaient trop d^nstincts de résistance pour demeurer tout à fait stériles. D'une part, la signature du formulaire fut ajournée par suite des intrigues de quelques prélats, amis de la secte, qui contestèrent à l'assemblée du clergé le droit de s'ériger en concile national. De l'autre, pour dissiper le fantôme de l'inquisition, pour ne pas laisser craindre au Parlement une juridiction rivale, Mazarin consentit à insérer dans la déclaration royale relative à l'enregistrement quelques clauses restrictives ; on devait dire que la bulle ne conférait aux officiers de l'inquisition aucune autorité en France, et n'accordait aux évoques du royaume aucune juridiction nouvelle. Mais l'enregistrement de la bulle était décidé. Outre le sentiment religieux qui animait la reine à cette démonstration, Mazarin était déterminé à punir, dans les jansénistes, les complices du cardinal de Retz. Cette rancune, qui se comprend facilement, ne faisait doute pour personne. Les étrangers, pour qui l'opinion est le principal moyen de connaître les affaires, en parlent comme Mademoiselle qui faisait en ce moment, avec tant d'admiration, sa visite à Port- Royal : € Ce qui fait qu'on leur en veut, dit un Hol- « landais alors de passage dans Paris (1), c'est qu'ils « sont fort amis du cardinal de Retz, et qu'on croit
(1) Voyage de deux Hollandais à Paris en 1637 et 4658, date du 49 décembre iCi)7.
que c'est une faction qu'il a dans TÉtat; jusque-là qu'on soupçonne que, pendant rassemblée du clergé, ce sont eux qui ont écrit en sa faveur, qui ont fait tenir de ses lettres et quelquefois si fraîches qu'on a € presque été persuadé à la cour qu'il était à Paris c caché parmi eux, » Le ministre commença par faire arrêter un imprimeur et un libraire, à la fois éditeurs des Provinciales, et suspects de mettre en circulation les écrits de l'incorrigible fugitif (1). Il travailla à paralyser les volontés hostiles qui eussent été capables de remuer dans le Parlement. Le premier président Bellièvre, ami de Retz (2), étant mort, au lieu de lui donner immédiatement un successeur, il laissa indéfiniment au président Nesmond, plus commode, le soin de remplir l'intérim. Averti (jue plusieurs magistrats voulaient demander une assemblée des chambres, si Ton présentait la bulle pendant l'absence du roi, alors relenu en Champagne ou en Flandre, il remit l'enregislrement à la fin de la campagne, à un temj)s où le roi pourrait venir en personne signifier sa volonté. Il espérait bien aussi que (|uel((ucs avantages obtenus sur les ennemis du dehors ne nuiraient pas au succès de la lutte contre les résistiinces intérieures. La prise de Montmédy et de Saint-Venant, Toccupalion do Mardick et rallitude de Turenne en Flandre lui donnèrent en effet laison. « Le 19 décembre 1G57, le roi accompagné du ré-
(\) Supplément aux Mémoires de Rclz. Lettre écrite à Mazarin en faveur do ces détenus, 23 juillet 1G57.
(2j Guy Joly : a Le cardinal de Rclz perdit beaucoup à la mort de ce grand et digne magistrat. »