‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 67 sur 151 · ENREGISTREMENT DE LA BULLE · texte numérisé non relu

ENREGISTREMENT DE LA BULLE

giment des gardes, précédé des cent-suisses, et environné des gardes du corps, entra au Parlement suivi du duc d'Anjou, son frère, du prince de Conti, du cardinal Mazarin, des ducs et pairs, des marécliaux de France, et de tous les autres officiers de la couronne qui étaient alors à la cour, pour y tenir son lit de juslice, l'action la plus célèbre et la plus auguste qui se fasse dans le royaume (1). » Le chancelier exposa les intentions du roi sur la publication, renregistrement et l'exécution de la bulle d'Alexandre VII, jointe à celle d'Innocent X, touchant la condamnation des cinq propositions et de la doctrine de Tévèque d'Ypres. Le président Nesmond parla ensuite contre la nouvelle opinion, dénonçant les dangers qu'elle renfermait, louant le zèle que le roi déployait contre elle. L'avocat général, Denis Talon, conclut à la soumission aux volontés du roi. 11 était pourtant suspect de jansénisme ; il lui échappa même certaines paroles sur l'autorité du pape et des conciles, dont le nonce crut avoir à sa plaindre. Mais il reconnut que, dans Tétat présent des choses, € la convocation des conciles étant moralemcjït t impossible, il était absolument nécessaire qu'il y eût t dans l'Église une autorité pour empêcher le progrès « des erreurs. » Il traita les jansénistes de gens dangereux dans un État par leurs cabales; il présenta comme nécessaire la répression d'une doctrine que ses auteurs avaient enseignée dans l'école et publiée dans les cercles et les assemblées les plus considérables de

(t) Rapin, Mémoires, t. H.

la ville par leurs livres et par leurs écrits. L'enregistrement passa sans contestation.

L'accord, ainsi consommé entre Tautorité spirituelle du pape et Tautoritc temporelle du roi, était un coup terrible pour la secte. Dès lors que les décisions pontificales devenaient lois deTÉtat, le bras séculier pouvait intervenir dans les affaires de la conscience ; les censures de TÉglise pouvaient i^tre exécutées par la force du prince. Telle était la coutume de ce temps, que notre temps n'admet plus, et ce fut plus tard l'origine de rigueurs que nous apprécierons en leur lieu. Aussi, pour échapper à la puissance royale, les jansénistes se risquèrent à lui donner contre eux un nouveau grief personnel. Le cardinal de Retz semblait s'endormir depuis quelque temps dans son exil salarié par le parti. lis essayèrent de ranimer sa turbulence à leur avantage, de troubler encore une fois l'État pour une cause ecclésiastique, afin de se soustraire à la juridiction de l'État. Retz était à Rotterdam (1638). On lui dépécha d'Asson de Saint-Oilles, le menuisier de Port-Roval, un des solitaires les plus habiles en diplomatie. Ce négociateur offrit à l'exilé tout le crédit et la bourse de leurs amis qui étaient en grand nombre et fort puissants, s'il voulait tenter quelque coup d'éclat, faire un mandement capable de jeter le trouble dans les esprits, et déconcerter le ministre, ou établir au moins quelque règlement qui eût pour effet d'arrêter les poursuites contre la secte. Saint-Gilles qui connaissait l'homme le tentait par l'espérance la plus séduisante pour lui ; il lui faisait entrevoir dans cette agitation vigoureusement appuyée par

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UDe faction considérable, un moyen de renverser Mazarin, et de s'élever lui-même au ministère (I). \la grande surprise de ses complices, Texilé ne se laissa pas prendre. Tant d'entreprises stériles paraissent l'avoir découragé ; l'assemblée du clergé ne l'avait pas assez bien défendu ; il en était mécontent. Les jansénisteSy trop entêtés à soutenir une question d'école abstraite, semblaient ne prendre sérieusement sa cause en main que lorsque leurs intérêts particuliers les y portaient. On dit même que, dans ce temps, il avait offert à la reine de se déclarer contre eux, à la condition d'être rétabli dans son archevêché. /{ ne fit donc aucune attention à leurs proposition y comme s'il eût voulu rebuter tous ceux dont il pouvait espérer quelques secours. C'est la plainte d'un confident (Guy Joly) qui ne peut lui pardonner cette inertie. Les événements de l'année I608, la bataille des Dunes, le désarroi où fut jeté le parti des derniers frondeurs, n'étaient pas de nature à lui rendre plus d'espérance ou plus d'audace. La fin de la guerre étrangère détruisait tous les calculs des partisans de la guerre civile.

Le jansénisme était contraint de se taire comme un condamné, de se résigner à l'enregistrement de la bulle, < délaisser régner T étoile du cardinal Mazarin.» Ce n'est pas que tout fût perdu pour lui. Il restait encore bien de

[h) Celle ambassade est révélée par deux lémoignages qui n*onl pu se concerler, et qui emprunleul ainsi Tun de Tautre une plus grande autorité. Guy Joly et le P. Rapin disent ici la môme chose, tant des propositions faites au cardinal, que des refus qu*il y opposa, et des raisons de ce refus. Guy Joly, année 1658; le P. Rapin, Mémoires, t. II, p. 489.

l'espace à son action sccrctc; il lui surgissait de nouveaux renforts. Le diocèse de Paris, sans archevêque, sans autorité régulière pour contrôler la doctrine, sous des grands-vicaires àinstitution suspecte, livrait à la morale étroite et à la prédestination un champ où les prédicateurs et les curés jansénistes ont ahondamment semé, pour récolter un jour rindiflerenec ou rincrédulité. L'obstination du cardinal de Retz à refuser sa dénussion a assuré ce trionî[)heà Thérésie. Si la Fronde, après une lente agonie, rendait enfin le dernier soupir, les noms les [)lus retentissants de cette cabale la renouvelaient déjà sous une autre forme, en se mettant à la tête des partisans de Topinion condamnée. La duchesse de Longuevillc, après tant de révoltes et de désordres, ramenée aux pensées sérieuses par sa tante la duchesse de Montmorency, réconciliée avec son mari, embrassait, sous rinfluence d'un curé de Rouen, la vie d'expiations dont sa conscience lui faisait un besoin (l6o7-\6'ô8). Le prince de Gonti, devenu bon serviteur du roi, se laissait gagner, pendant un séjour en Languedoc, par l'évéque d'Aleth, et sa femme, la propre nièce de Mazarin, qui l'adorait, entrait avec toute l'ardeur de son amour conjugal dans le parti. Une doctrine qui recrutait ses adeptes dans la famille royale môme, n'était vraiment pas anéantie : le jansénisme, avecle concours de semblables protecteurs, entreprendra une nouvelle campagne après la paix des Pyrénées.

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