DÉFAUT DE POLTCË INTÉRIEURE
faire la police même dans sa résidence, dans la banlieue, dans Paris, sur les hommes de la cour, sur ses propres soldats. La sécurité faisait défaut partout, dans toutes les conditions sociales, à quiconque n'était pas assez fort pour suffire à sa défense personnelle. Les voies de fait étaient le moindre mal ; on ne les réputait pas encore mauvais genre, et la plus haute noblesse s'y Ii\Tait sans vergogne. Vendôme, un prince du sang intrus, et d'Épernon, le favori intime de Mazarin, se battaient devant la porte de la chambre de la reine, à coups de poing. Bragelone, souffleté par Roquelaure, terrassait son ennemi et Fassommait des mains et des pieds à la fois (1). Lorsque, pour de pareils actes, le roi envoyait les coupables passer un jour à la Bastille, ou ordonnait à d'Épernon de retourner dans son gouvernement, le châtiment n'avait rien qui fût capal)le d'effrayer les imitateurs. D'autres fois de grosses fanfaronades à la Beaufort tournaient à la tragédie, comme l'aventure de Bartet. Ce Bartet, secrétaire du cabinet du roi, s'était vanté, pour une question de femme, de rabaisser la valeur physique et la bonne mine du duc de Candale. Celui-ci voulut se venger; quatre ou cinq de ses spadassins arrêtèrent Bartet dans son carrosse, lui rasèrent tout un côté de la tête, cheveux et moustache, lui déchirèrent les canons de sa culotte, et le laissèrent aller dans cet état ridicule. Ils n'avaient pas pris de masques ; loin de se déguiser, ils tenaient à bien établir qu'ils appartenaient à M. de Candale. L'aven-
(4 ) Journal de deux Hollandais : janvier et mai 4 657.
23i TABLEAU DE L'ADMINISTRATION INTËRIECRE.
turc divertît le public ; madame de Sévigné la trouvait bien imaginée^ d'autant plus que, Bartet apparlenanlà la maison du roi, Tavanic avait des airs de bravade à l'autorilé. Onriaitdcceque l'intéresse lui-mùme l'appelait une bagatelle. Mais au bout de quelques jours^ il commença à sentir son mal, et à trouver qu'ail eût été mieux quil n'eut pas été tondu (t ). Le roi n'avait pas pris sa cause en main parce que décidément c'était un homme sans naissance; mais lui-même prétendit ne pas s'abandonner; il Ht entendre des menaces, il promit do poursuivre partout son olTenseur, Pendant longtemps, Caudale n'allait pas en voyage sans prendre de grandes précautions, et sans faire éclairer sa marclie devant lui (2). Faute d'intervention régulière de l'autorité, cette querelle de libertins pouvait deveDir une tuerie à la façon des guerres privées des temps barbares.
La tuerie en effet était assez fréquente et autorisée par l'impunité. Ce même Caudale rencontre Montrevd qui lui en voulait, Montrevel barre le chemin, Candale court à lui. â l'inslantles deux adversaires etieurs suites mettent l'épéeà la main ; un écuyer de Candale passe son épée au travers du corps de Montrevel. On ne voit pas que le vainqueur ait eu à rendre compte du meurtre ; où donc étaient tombés les édits de Richelieu contre les duels? Au mail, La Marck, fils du duc de Bouillon, se prend de querelle avec un étranger,
M) Sévigné, Ictlre du 4 i juilleH655.
(2) Mémoires de mademoiselle de Nontpensier.