‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 71 sur 151 · DEFAUT DE POLICE INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

DEFAUT DE POLICE INTÉRIEURE

sieur de Spcycck. L'étranger, en lançant une boule^ avait obligé La Marck à se détourner de son chemin. L'offensé jette la boule hors du jeu, l'offenseur l'apos- Irophe de fripon et de coquin. Aussitôt La Marck envoie ses pages et ses laquais chercher des épées pour secouer rudement l'insolent ; les amis de Speyeck dégainent de leur coté pour soutenir l'égalité avec le provocateur. On parvint cette fois à empêcher l'effusion du sang; la dispute fut portée devant la maréchaussée, non pas comme une tentative de meurtre, mais comme affaire d'honneur, et accommodée par compensation. On décida que le nom de coquin, donné a Bouillon, équivalaità l'affront dont se plaignait Speyeck. Dans le peuple, le bâton remplaçait l'épée, et ne frappait pas moins fort ni avec moins de liberté. Deux étrangers, alors en résidence à Paris, racontent tranquillement dans leur journal, ce (ju'ils se permettent à l'exemple des Français. « Aujourd'hui, disent-ils, c nos laquais ont roué de coups un cocher qui leur c avait donné des coups de fouet. H en a été quitte à c bon marché, parce qu'un de leurs bâtons cassa, c et fit qu*ils ne purent le charger autant qu'ils le c souhaitaient et qu'il le méritait, i» Ils se plaignent plus loin d'un vétérinaire qui avait leurs chevaux en pension et ne tenait pas ses engagements : « On l'a fait « chercher pour le châtier. Si on l'eût rencontré, on « lui aurait appris son métier à grands coups de bâc ton. » Ils disent encore d'eux-mêmes : « Ce matin, € après avoir bien battu notre petit Franz, nous le c chassâmes pour mille impertinences et friponne-

< ries. D C'était un droit que s'arrogeaient les maîlrcs sur leurs serviteurs, et qui s'est conservé bien au delà des troubles de la minorité, jusque dans la splendeur du gouvernement de Louis XIV, chez les princes et mf^me chez les princesses (!)•

A la faveur de ces brutalités libres, de Timpunité des uns, de la terreur des autres, la plus basse des violences, le vol s'exerçait avec une cfTronterie dont il faut encore demander la preuve aux mémoires contemporains. Voici deux anecdotes assez concluantes. Un banquier est enlevé de sa maison, en plein jour, à la vue du public, par des archers quî lui signifient qu ils ont ordre de le conduire au Chàtelet. Personne ne bouge pour le défendre, et on le mène bien au delà du Chàtelet, au faubourg Saint-Antoine. Là on exploite contre lui la crainte qu'inspirent les corsaires du prince de Condé : si le détenu ne livre pas immédiatement cinciuante mille francs, on va le mener à Bocroi d'où l'on ne sort pas sans avoir payé jusqu'au dernier sou, où l'on n'arrive même pas vivant si on prétend se défendre. C'étaient de faux archers qui, sous cette apparence officielle, avaient dérouté tout soupçon et prévenu toute résistance. Le malheureux se décide ; il envoie un de ses voleurs auprès de sa femme pour rapporter la rançon exigée. Ileureusenient cette femme ne se déconcerte pas, elle questionne l'envoyé, le prend dans ses propres réponses, le trouble si fort, que se voyant seul et découvert, il avoue tout

(1) Journal de deux Hollandais : janvier, avril, mai 4657.

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