‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 81 sur 151 · LE LUXE : MA/ARIN. 2G · texte numérisé non relu

LE LUXE : MA/ARIN. 2G

qui rappelle d'abord celle de la maison de Bretonvilliers (I Co7) ; ils y admirent, dans le bas appartement, des statues si bien choisies et si excellentes, € qu'il ne leur manque que la parole, » entre autres celle de la Clémence; dans l'appartement d'en haut, les tentures de brocards d'or et de tapisseries les plus fines et les plus belles, deux tapis de pied d'une longueur incommensurable ; une table de marbre incrustée d'or et de pierreries qui avait appartenu à Henri IV, une autre taillée en fleurs avec leurs couleurs véritables (1), une troisième taillée en figures d'oiseaux, des galeries, enfin, où sont étalées toutes les raretés des Indes ; c'est bien là, comme chez les autres, l'ostentation du faste, et l'orgueil rayonnant du parvenu. Mais, chez Mazarin, le luxe se conciliait avec des instincts de grandeur utile, et des retours singuliers d'économie, qui lui attiraient successivement l'approbation et les quolibets. De ses appartements on passait à la bibliothèciue, cette collection proscrite comme lui parles vandales du Parlement, et reconstituée par ses soins depuis son retour. C'était une galerie de cent cinquante pas de long. Cent mille ouvrages y étaient rassemblés sur des tablettes en forme d'armoires, soutenues par des piliers de charpenterie cannelés et taillés élégamment. A droite les imprimés, à gauche les manuscrits grecs, hébreux, chaldéens, syriaques, latins, etc. Un livre tout seul, de l'épais-

(I) Ces deux objets figurent dans rinvenlaire de 4ii49, comme dans la descripron des deux Hollandais.

seur de deux doigts, était estimé ri mille pistoiei; c'était un recueil de planches sur parchemin où étaient peints en miniature les plus rares poissons de rivière et de mer, et une bonne quantité de coquilles. Ici k goût des sciences et des arts demandait grâce pour la dépense ; si elle était considérable, on sentait au moios que le profit n'en était pas réservé aux caprices d'un seul homme. Puis, en descendant de la bibliothèque à Técurie située au-dessous, l'impression changeait aussi bien que la scène ; la malignité reprenait ses droits. Cette écurie avait trois cents pas de long ; elle était voûtée dans toute son étendue, d'une propreté el d'un entretien pariait ; mais elle était peu garnie de chevaux. Pourquoi cet appareil grandiose et cette nudité ridicule? « On voit bien, dit un des visiteurs, que celui < à qui elle est ne se pique pas de cavalcades, de tourc nois, ni de combats (I). »

Ce n'est pas (pie ^la/arin ne sut être prodigue au besoin, (juand il y allait de son importance et de sa renommée. Ayant invité un soir (IG38) à souper le roi, la reine mère, la reine d'Angleterre et Mademoiselle, il les mena dans une galerie où il étala à leurs yeux la valeur de quatre à ciiui cent mille livres en bardes et nippes, pierreries, bijoux, meubles et étoffes. On y voyait tout ce qui vient de joli de la Chine, des chandeliers de cristal et des miroirs, des tables el des cabinets, des senteurs, gants, rubans et éventails. Que signifiait cette exhibition bien faite assurément pour

(0 Journal de deux Hollandais.

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