MARIE MANCINI
phante se mit au-dessus de toutes les bienséances et de tous les respects. On la vit partout dans la compagnie du roi, le suivant en tout lieu, le retenant pour elle seule, lui parlant à l'oreille devant la reine-mère ; on eût dit que la mère du roi avait déjà Pobligation de s'efiacer devant les convenances d'une nouvelle souveraine. Le prince souflrant tant de hardiesse, Mazarin enhardi par cette connivence espéra un moment pour sa nièce un mariage royal. Il voulut pressentir Anne d'Autriche à ce sujet-, mais la fierté de la race se redressa contre les complaisances de la femme ; la fille des Césars confondit les prétentions de son favori par la menace d'une révolte de toute la France dont elle donnerait le signal. Enfin arriva la question du mariage espagnol; il s'agissait, en mariant Louis XIV à la fille de Philippe IV, de consacrer les victoires du passé, de préparer de plus grandes prospérités pour l'avenir. Marie Mancini eut la confiance d'être plus forte que cette politique de deux règnes. Le roi, ému de ses larmes, se déclara prêt à l'épouser plutôt que de la voir malheureuse. Par bonheur, Mazarin s'obstina à ne pas céder à ces caprices. Soit déférence aux volontés de la reine, soit plutôt respect de sa diplomatie patiente et des grands résultats qu'il avait à cœur de laisser après lui, il trancha la question contre sa famille en faveur de la France. Il réclama l'autorité paternelle sur une nièce que sa mère lui avait confiée en mourant ; à ce titre il la tira de là cour et la relégua au Brouage. La séparation montra une fois de plus à quel degré d'exaltation l'amour des deux jeunes gens était monté. Le
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roi conduisit Marie Mancini à la voiture qui devait la lui ravir; il avait les yeux pleins de larmes: c\ous pleurez, lui dit la tentatrice, et vous êtes le maître. » 11 tint bon contre cet appel désespéré à un coup d'éclat; mais, en laissant voir à tous sa douleur, il témoigna peu de souci du jugement public (1 ).
Ces galanteries précoces étaient les premières pages d'une histoire qui allait, en peu d'années, se grossir de bien d'autres attentats à la loyauté des mœurs. Mais, on l'a déjà reconnu, la faute n'en était pas au jeune roi tout seul, elle était surtout à la société qui l'entourait, à cette atmosphère viciée dont il était bien diflicile de ne pas ri^spirer les émanations malsaines. On raconte que Christine de Suède, qui visitait la France à cette époque (IGî)6-1()o7), voulut voir, comme une des curiosités dignes d'elle, Ninon de l'Enclos. Après l'entrevue, elle écrivait au cardinal qu'il ne manquait au roi que la conversation de cette rare fille pour le rendre parfait (2). C'étaient les éloges, Tadmiration, du maré-
(1) M t'st niCmc permis de croire «iiie la tendresse du jeune roi poar Marie Mancini ne fut amortie, ni par celte séparation, ni par soo mariage espagnol, et qu'on en pouvait appréhender des conséquences irôs-regrellablcs. En 1660, lorsque Louis XIV revenait vers Paris avec la jeune reine Marie-Thérèse, Colbert fit demander à Mazarin s'il fallait préparer au Louvre le logement de ses nièces, Marie Mandni comprise.
Le cardinal répondit : « Pour le logement, je voudrais bien qu'elles « le prissent chez moi, car il y aura peine d'en trouver un dans te ^ Louvre : outre que je vous dirai confidentiel lemc nt qu'il ne senit « pas bien que le roi y trouvât ma nièce, en retournant à Paris avec Ii « reine. El je ne dis pas cela sans beaucoup de raisons. » (2) Journal de deux Hollandais,