‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 89 sur 151 · CONTINUATION DE LA MISÈRE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE LA MISÈRE PUBLIQUE

«r trop importante semble ne lui avoir servi que pour c l'exposer en proie à tous ceux qui Tavoisinent, et € comme si ce n'était pas assez de tant de misères, € Dieu, cette année, ayant trompé Tespérance de nos

< moissons, a frappé la terre de stérilité, car il ne faut c pas douter que tous ces maux ne soient arrivés par c son ordre. II punit par la guerre celle que nous lui € faisons tous les jours.... La paix qu'il nous prépare c semble être prête à descendre sur nous ; on dirait € qu'il dispose toutes choses à son établissement; € arrachons-la-lui par la ferveur de nos prières, et « surtout si nous voulons qu'il nous fasse miséricorde,

< ayons compassion de nos pauvres frères, que la mi- '< sère du temps réduira peut-être à d'étranges extré-

< mités (1). » Ce prédicateur était Bossuet, prêtre depuis deux ou trois ans, qui inaugurait par la défense

jdfes pauvres son apostolat de la justice de Dieu.

-^ Grâces à Dieu, dans l'Église, les voix éloquentes et dévouements efficaces ne font jamais défaut à la. é. Vincent de Paul le proclamait un jour avec attendrissement, sans penser qu'il était lui-même, en -ion temps, l'instrument le plus admirable de cette providence fîdèle. Il exposait aux dames de la Charité que, depuis Charlemagne et l'abandon de l'institution des diaconesses, les femmes n'avaient pas eu d'emploi dans l'Église; mais que tout à coup la Providence s'étant adressée à quelques-unes d'entre elles pour sup-

(1) Bossaet, panégyrique de sainl Gorgon. Ce sermon n'est pas daté; ma» il a été prêché devaut le maréchal de Schomberg, qui mourut •D 1656, et pendant le séjour que Bossuet fit à Metz de 4 652 à 1658.

29i TABLEAU DES MŒURS SOUS MAZARIN.

pléer aux insuflisances de riIôtel-Dieu, et les premières appelées ayant répondu sans hésitation, d'autres bientôt s'étaient associées a celles-là, et en augmentant le nombre des ouvrières , avaient crée de nouvelles couvres et trouvé les ressources pour y pounoir. « Voilà, disait-il en se résumant, la collation et Tios- « Iruction des pauvres de Tllôtel-Dieu, la nourriture « et l'éducation des enfants trouvés, le soin de pour- « voir aux nécessités spirituelles et corporelles des a criminels condamnés aux galères , l'assistance des « frontières et provinces ruinées, la contribution aux <i missions d'Orient, du Septentrion et du Midi. Ce « sont là. Mesdames, les emplois de votre compagnie. « Quoi! des dames faire tout cela! Oui, voilà ce que. <c depuis vingt ans, Dieu vous a fait la grâce d'entre- <( prendre et de soutenir (I). » Quel tableau, et comme il repose la vue du spectacle des aventurières de la Fronde et des libertines des salons financiers! On reconnait ici ce sel de la terre, qui, en dépit des inlluenccs pernicieuses, garde au sol sa force vitale etsi fécondité. On sent que, si la société ne périt pas, c'ert parce ([ue le bien fait équilibre au mal, et sauve la coupables eux-mêmes quoi qu'ils fassent pour se perdre : Vos estis sal terrx.

Il est incontestable ([ue ces bonnes œuvres contitbalançaient sensiblement les souffrances du peuple. Vincent de Paul se plaint quelquefois que la recette diminue, que la dépense excède les revenus de Tan-

(1 } Assemblée des dames de Charilé, \\ juillet 4657.

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