NOUVELLES FONDATIONS DE VINCENT DE PAUL
née (1). Mais la vue du déficit, et l'éloge du bien menacé d'interruption, ranime le zèle de ses disciples, et, selon le mot de l'Apôtre, fait abonder les richesses de la charité. On ne cessa pas, jusqu'à la conclusion de la paix, de secourir les provinces frontières par des envois qui portent à 348,000 livres les sommes ainsi distribuées de juillet IGoO à juillet 1656. Dans une année de disette, on leur expédia pour 22,000 livres de semence. Le frère chargé de cette distribution disait à Vincent de Paul : « Voilà les blés qu'on a envoyés aux frontières, qui ont donné la vie à un grand nombre de pauvres familles : elles n'en avaient pas un grain pour semer, personne ne voulait leur en prêter, les terres demeuraient en friche, et ces contrées-là s'en allaient désertes par la mort et le retrait des habitants. » On les servit mieux encore en y faisant nattre ia charité sur place, en y fondant des confréries semblables à celles de Paris. Les missionnaires en établirent à Reims, à Relhel, à Chàteau-Porcien, à la Fère, à Ilam, à Saint-Quentin, à Rouen, à Mézières, à Charleville, à Donchery. Dans toutes ces localités, les bourgeoises les plus charitables et les mieux accommo^ dées (2), étendant l'action du sacrifice volontaire, se rangeaient parmi les servantes des malades, des orphelins et des autres délaissés, et offraient à leurs voisins des secours plus prompts et plus opportuns.
(1) La recette des Garants trouvés monte pour Tannée à 16,-248 livres et la dépense à 47,221 livres. — La recette pour THôtcl-Dieu à 3,500 livres, et la dépense à 5,000. — 45 juillet 1657.
(2) Abély, Vie de saint Vincent de PauL
A Paris, de grandes fondations sortirent d'un zèle pareil, et de l'impulsion du même homme. En 1653, un bourgeois déposa entre les mains de Vincent de Paul une somme considérable, pour être employée par lui au soulagement des pauvres dans la forme qu'il jugerait convenable. Vincent de Paul s'arrêta au projet de créer un hôpital pour les pau^Tes artisans réduits par Tâge ou la maladie à l'inaction et à la mendicité. C'était une pensée bien digne de lui, que de substituer l'assistance complète et durable aux secours partiels et temporaires, au profit de ceux qui avaient un besoin permanent et absolu de secours. Il acheta un terrain assez vaste dans le faubourg Saint-Laurent, avec deux maisons qu'il garnit du mobilier nécessaire, et, du reste de la somme, il constitua une rente annuei/e à l'établissement. Ainsi s'éleva l'hôpital du Nom de Jésus. Quarante pensionnaires, vingt hommes et vingt femmes, en deux corps de logis séparés, purent y être admis et y rester jusqu'à la mort. Sous la direction spirituelle d'un prêtre de Saint-Lazare, et par les soins des filles de la Charité, ce nouvel asile de la misère devint un modèle de communauté. Les deux sexes vivaient l'un près de l'autre, mais sans communication dangereuse. Les bâtiments étaient si habilement disposés, que tous pouvaient assister à la même messe, et entendre une même lecture de table, sans se voir ni se parler. De chaque côté les pensionnaires vivaient entre eux en bonne intelligence, dociles aux règlements, occupés, chacun selon ses forces, à divers petits ouvrages, car le fondateur les avait pourvus de métiers et d'outils